Le quotidien

Une petite goutte de sang sur son front

3 enfants en 3 ans CHU1Comme tous les mercredis, je récupère mes deux aînés au centre aéré. Mes deux enfants sont dans le local tranquillement occupés. A mon arrivée, Fifi me demande s’il peut finir son puzzle avant de partir « désolée, mais j’ai laissé loulou dans la voiture alors on est pressés ». Il va spontanément ranger le tas de puzzle en bois sous mes yeux émerveillés (comment obtenir ce résultat à la maison ?).

Ririe, qui lisait une histoire avec l’animatrice et un autre enfant se lève, court vers moi et m’embrasse en me serrant fort contre elle. Lorsqu’elle s’écarte, à travers sa frange, une petite tache attire mon attention.

Qu’est-ce ?

Une petite goutte de sang sur son front. Une petite goutte suintante, à côté d’une égratignure, accompagnée d’une bosse.

Je l’interroge : « as-tu mal ? » « Que s’est-il passé ? »
Elle se met à pleurer.
Elle a désobéi à L., son animateur préféré qui lui a dit plusieurs fois (apparemment 5) de ne pas monter sur le muret pour jouer. L’animateur avait raison de lui dire que c’est dangereux : elle est tombée la tête dans les gravillons.

Elle est tombé parce qu’elle désobéissait.

Alors elle n’a pas dit à L. qu’elle avait mal. Il y avait un peu de sang sur ses mains alors elle est allé se laver.
Visiblement j’avais tort de penser qu’une plaie de ce genre saigne beaucoup. La directrice et l’animateur sont confus et désolés, ils n’ont pas vu ma fille chuter, elle ne leur a rien dit. Caché par ses cheveux sa plaie ne se voit pas vraiment, j’aurais pu moi aussi passer à côté. Loulou est seul dans la voiture, nous soignerons cela à la maison. Je charge mes deux grands et nous rentrons.

Ririe sanglote un peu. Pas parce qu’elle a mal. Elle pleure parce qu’elle est tombée en désobéissant et craint d’être grondée. « Tu t’es fait mal ma puce, tu sais maintenant pourquoi L. te disais de ne pas aller jouer sur le muret. La chute est suffisante, je ne vois pas en quoi te gronder t’aiderai à mieux comprendre qu’il ne faut pas retourner jouer sur le muret ».
Arrivés chez nous, je sors le désinfectant « et les pansements ? » demande Ririe pleine d’espoir (les pansements sont à la mode chez nous). On verra. Au nettoyage, la plaie fait 6mm de long. Il semble manquer un bout de peau qui git probablement parmi les gravillons de l’allée menant au centre aéré.

On est à la limite.

A la limite de l’hôpital pour un point de suture. Je laisse la plaie à l’air pour qu’elle sèche.

Lorsque Monsieur-Mon-Mari rentre, il ne voit pas tout de suite le bobo de sa fille. Il monte avec ses trois enfants pour les mettre en pyjama pendant que je commence à préparer le dîner.
« Mais qu’est-ce que c’est sur ton front Ririe ? Mais cela saigne ! Mais c’est un gros bobo ! »

Sa puce lui raconte qu’elle a désobéit et qu’elle est tombée. Paniqué, il m’interpelle.
Oui j’ai vu.
Oui c’est sur le front.
Oui c’est profond.
Non, je ne pense pas qu’il faille aller à l’hôpital.

Je pose un Sterilstrip à ma fille et on descend dîner.
Une petite goutte de sang sur son front. Une petite goutte rouge suinte, à travers le pansement.
On est en fin de diner et le Sterilstrip ne tient plus. Catastrophé, Monsieur-Mon-Mari a envie de courir au CHU pour qu’un médecin répare le beau visage de son enfant.
On est à la limite.
A la limite de quoi ?
Du point de suture.
Soupir du père.
Cris et pleurs de la fille : « Je ne veux pas aller à l’hôpital, je ne veux pas de couture sur la tête ! ». Elle a peur. Elle sait ce que c’est. Elle s’est fait recoudre l’arrière de la tête une fois et nous n’en gardons, elle et moi, pas de très bons souvenirs.

De nouveau, je nettoie la plaie, soupire, regarde ma fille en larmes qui ne veut pas aller au CHRU, mon mari qui a envie d’appeler une ambulance. C’est son front, son visage. Difficile de lui en offrir un autre. On est limite.

Nouveau soupir, j’attrape son carnet de santé, nos pulls et nous montons en voiture. Son doudou licorne serré dans les bras Ririe ne pleure plus. Elle m’avoue avoir très peur. Je lui explique ce qui va se passer aux urgences. Elle dit qu’elle n’est pas contente, me demande pourquoi nous allons à l’hôpital. « Parce que c’est limite pour de la couture. Ce serait ton bras ce ne serait pas grave, on laisserait un simple pansement. Mais là c’est ton visage ma puce. Alors un médecin va voir comment faire pour que tu aies une cicatrice la plus discrète possible. »

Elle réalise que d’avoir désobéi va lui laisser une cicatrice.
Elle n’aime pas cette idée.

L’entrée du CHRU est à dix minutes de chez nous. Une fois dans l’enceinte, à cause des travaux, trouver l’accès aux urgences n’est pas aisé. On passe dans le hall de la maternité, puis on longe les ascenseurs avant de traverser tout le service des urgences pédiatrique pour, enfin, trouver l’accueil. Maman de trois enfants, je commence à connaitre les lieux et retrouve rapidement mes repères. L’accueil administratif est facilité : elle a déjà un dossier informatique. On passe au triage. Les infirmières font un premier bilan, regardent la plaie. « C’est limite pour la suture » Ririe se met à trembler. « Mais peut être que l’on pourra recoller » Ririe arrête de trembler et interroge l’infirmière qui explique la procédure à ma puce de cinq ans sans sourcilier.

3enfantsen3ans CHU 2Retour en salle d’attente. Entre le bracelet rose, les livres et le pot à feutre avec des bonbons dessus, ma fille ne tremble plus, ne pleure plus, retrouve son insatiable curiosité naturelle. Son regard scanne les salles d’attente, l’accueil. Elle regarde tout vient me parler du plus intéressant à voix basse : les chaussures Reine des neige d’une autre petite fille, une autre qui est en pyjama comme elle, un petit garçon qui a un grand pansement et mille autres détails…

Une heure plus tard, son dessin est fini. Elle rêve en marchant à travers le hall d’accueil. Je la laisse un instant pour chasser un magazine et m’offrir un cappuccino dans l’autre salle d’attente du service. C’est évidemment le moment choisi par l’élève en médecine pour l’appeler. Il nous emmène à un box d’examen. Un peu surprise, je ne dis rien : la procédure a peut être changé.

Il pose quelques questions. Pendant que je parle, la porte s’ouvre, une tête passe un instant, voit que nous sommes là, recule et la porte se referme.

Pour gagner du temps j’annone : « chute d’une vingtaine de centimètres sur des gravillons, plaies sur le front accompagnées d’un hématome. Pas de signe de TC (traumatisme crânien)/PCI (perte de conscience initiale) : ma fille est bien orienté dans le temps et l’espace, elle se souvient de sa chute, elle n’a pas de changement particulier de comportement, de fatigue excessive. » Un secouriste à la retraite sait encore faire un bilan secouriste.

La porte se rouvre en grand et un beau docteur aux yeux bleus entre… « C’est bien Ririe ici ? » demande-t-il en regardant ma puce. L’étudiant acquiesce. Le docteur sourit, amusé « content de te trouver » dit-il à ma fille instantanément séduite « tout le monde te cherchait en salle de suture » -regard en biais vers l’étudiant qui rougit-. La procédure n’a donc pas changé…

3enfantsen3ans CHU 3Comme il est présent, le médecin titulaire ausculte directement ma puce qui est autant sous le charme que moi. « C’est limite » dit-il rapidement. Il appuie, rapproche les bords de la plaie, demandant à Ririe si elle a mal. « Non, pas trop ». Le verdict tombe : pas de point.

Soulagement de ma puce, envie d’envoyer un SMS à mon mari « je te l’avais bien dit ». L’urgentiste nous donne le nom d’une bonne crème cicatrisante, ainsi que des instructions pour avoir une belle cicatrice invisible. Ma fille tu porteras un chapeau tout l’été, c’est le docteur qui l’a dit.

Un peu de crème, on attache les cheveux qui retombent sur le front pour pas qu’ils ne gênent. Nous sommes libérées dans la foulée (merci à l’étudiant qui par son erreur nous a fait gagner une bonne demi-heure).

Nous reprenons le labyrinthe dans l’autre sens, ma fille trouve les couloirs plus longs qu’à l’allée. Dans le hall de sortie j’appelle Monsieur-Mon-Mari pour l’informer de l’issue de la consultation. Le soulagement s’entend dans sa voix. Nous montons en voiture, prenons le chemin de la sortie.

– « Maman, est ce que je peux garder le bracelet rose pour le montrer aux copines demain ?
– Oui ma chérie.
– Est-ce que tu vas dire à la maitresse que je suis tombée ?
– Oui ma chérie, je suis obligée, il faut qu’elle sache que tu as été à l’hôpital pour me dire si tu as un souci particulier demain à l’école.
– Est-ce que tu vas lui dire que j’ai désobéi et que c’est pour cela que je suis tombée ?
– Non ma chérie. »

A mon avis, elle ne remontera pas sur ce muret…
avant quelques semaines.

 

Et vous ? Connaissez-vous intimement les urgences pédiatriques de votre secteur ?

 

PS : Article écrit avec une pensée pour Nanou et son récent article Grosse Frayeur

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15 commentaires sur “Une petite goutte de sang sur son front

  1. Nous avons connu ce sentiment du « J’y vais/J’y vais pas » pour des points…
    Pour Pilou2 un soir de 14 juillet… Sans commentaire 😀
    http://unpetitdernier-pourquoipas.over-blog.com/2015/09/la-solution-8.html si tu veux te moquer 😉
    Et pour Pilou1 qui comble du comble s’est blessé chez le médecin !!!
    Pas de lien pour cette histoire, trop vieille 😀 Mais que de perte de temps, si seulement je m’étais écoutée à l’époque…
    1 _ Pilou1 se blesse sur une table basse en salle d’attente. 1H de route allé, 10min de rdv ophtalmo et 1H de route retour.
    2 _ Récupérage de Pilou2 chez nounou. Elle flippe et veut absolument que j’emmène Pilou1 aux urgences. Pour calmer les esprits, je décide d’aller à la pharmacie beaucoup moins loin.
    3 _ A la pharmacie, tout le monde lui passe dessus, le tripote, lui fait mal. Nous vous conseillons d’aller aux urgences.
    4 _ Direction urgence pédiatrique avec Pilou1, Pilou2 et moi enceinte de Pilou3 pfff quelle idée. 1H de route, 1H20 d’attente, verdict : allez aux urgences normales, on ne traite pas ce genre de chose en pédiatrie… Mais WTF !!!
    5 _ Direction l’autre bout de l’hôpital, il faisait chaud, très chaud et j’avais les deux poussettes… 2H30 d’attente où il se fait encore tripoter et où tous lui réouvrent son trou… Finalement la doc jette un oeil rapide, ne touche à rien merci à elle et prescrit simplement du désinfectant. Mettre deux points serait plus douloureux que de laisser guérir tranquillement…
    Pas sûr que lui s’en souvienne, mais moi oui 😉

    Le principal, tout finit bien pour ta petite crevette !!!

    Aimé par 1 personne

    1. Pour tout te dire, j’ai plutôt été contente de voir que j’ai pas trop perdu la main… Dès que j’ai nettoyé la plaie, j’ai pensé « limite ». J’ai pas mal hésité. Le fait que ce soit au front a fait trancher en faveur du CHRU…. Le fait que les urgences pédiatriques soient à 10 minutes à aidé à la décision aussi 😉 . A l’arrivé, eux aussi ont hésité…
      La fois d’avant, j’avais dit à mon mari : « entre 1 et 3 points de suture » -> elle en a eu deux ! Du reste…. on est allé aux urgences un jeudi soir à 2h (je suis certaine du jour, on a regardé envoyé spécial dans la salle d’attente) avec Ririe ouverte de l’arrière de la tête et Fifi qui marchait depuis peu… ce qui signifie que, comme toi, j’étais enceinte de mon 3eme 😀
      Comme dit mon mari : mieux vaut y aller pour rien que ne pas y aller et se rendre compte qu’on aurait dû…..

      Pour la biafine, moi non plus je ne comprends pas… ou bien… vu que le tulle gras a agit, j’imagine que ton Pilou était plus éraflé/brulé que profondément coupé ?
      Ici on utilise une super crème cicatrisante et, au bout de 3 semaines (oui, l’article a été écrit il y a un bout de temps, mais j’avais des papier à passer avant) on ne voit plus qu’un petit moint clair là ou était le conflit d’intéret « point or not point ». L’autre plaie, moins profonde, n’est plus qu’une marque à peine visible. Cette crème est miraculeuse !
      Du coup j’en mets aussi sur le nez de Fifi qui a rencontré un parpaing peu avant l’ascension…

      Pour le coup de la salle d’attente, je pense que l’ophtalmo aurait pu au moins jeter un oeil, non ? Qu’a-t-il dit ?
      J’ pige pas ton histoire d’urgence : les urgences pédiatriques ne traitent pas les bobos ? De part les deux expériences que tu décris, j’ai envie de te demander… y’a pas un autre hôpital ?

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  2. C’est toujours dur de trancher je trouve perso je n’y connais rien ou seulement les qq brides qu’on apprend en devant Maman.
    Pour Pilou2 j’avais peur d’une infection, donc nous sommes partis et j’ai surtout pu laisser tous les autres au Papa et ça fait une grande différence.
    Pour Pilou1 je ne voulais pas l’amener.
    Oui c’était effectivement un trou, genre 3mm/4mm. Un beau petit trou 😉
    Mais ça s’est très vite arrêté de saigner et surtout il n’avait pas mal. Ceux sont toutes ses blouses blanches qui lui ont fait bobo principalement. Et pour le coup je craignais plus qu’il développe une phobie des blouses blanches plutôt qu’une amélioration…
    Mais ton homme a parfaitement raison. Le sentiment du « trop tard vous auriez dû » doit être bien plus monstrueux à vivre que l’attente aux urgences 😀

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  3. Oh que oui malheureusement 😦 Comme toi avec 3, c’est mission impossible que de les éviter. Pour la grande ça aura été pour une hérnie inguinale. Ca a finit en salle d’opération.
    Pour mon n°2 j’aurais eu l’arrivée avec les pompiers pour 5 points de souture sur le front à 2 ans et aussi la péritonite à 5 ans.
    Pour mon petit foufou de 3 ans, 4 fois déjà. Pour ses laryngites qui nécessitent des injections d’adrénaline d’urgence.
    Et j’ai horreur de ça. A chaque fois on se demande si on y va ou pas. Si sos medecin suffirait. Et l’attente, des heures, d’ailleurs je crois que la prochaine fois je tente les urgences pédiatriques d’un autre hôpital car là c’est à chaque fois 5 ou 6h minimum sur place. De la folie. Et le stress …. pffffff

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      1. J’ai vu, merci d’avoir eu le courage de me lire, cet article était beaucoup trop long (le mien!). Le plus important est de se protéger du soleil pendant au moins 1 an 😉
        Bonne journée! (et donc, tu vis en Bretagne?)

        Aimé par 1 personne

  4. J’ai de la chance, j’ai évité les urgences pour des chutes ou autres bobos ;o)
    A part quelques micro cicatrices de varicelle qui vont sans doute disparaitre avec le temps rien à déplorer chez nous! Mais j’imagine bien la peur et le tiraillement « on y va ou pas? », pas facile à gérer!

    Aimé par 1 personne

  5. Arf… la limite…. c’est dur. « Limite » on préférait un truc un peu plus franc, si ça ne voulait pas dire une plaie un peu plus profonde ou un truc un peu plus grave…. 😦
    En tout cas, j’espère que ta puce s’est remise et surtout que cette vilaine chute ne laissera pas de cicatrice (mais avec un chapeau et de la crème solaire cela devrait aller)

    Plus tard, tu pourras lui rappeler cet épisode pour l’aider à comprendre le concept de « punition immanente » ^^’

    Aimé par 1 personne

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