Le quotidien

Le Boudin

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C’est un de mes mantras : « je ne suis pas anthropophage… Donc je ne mange pas de thon ! » Paradoxalement, je n’ai pas les mêmes scrupules quand il s’agit de boudin. En Bretagne, le cochon est populaire, on le mange de la tête au bout de sa queue en tire bouchon. Si je n’ai jamais gouté de queue de cochon (quoi que…), je peux vous assurer que la cervelle n’est pas mon met favori. Entre les deux, je ne peux manger de la roue de jambon suite à une expérience traumatisante impliquant une personne suicidaire et un train… et je ne suis pas exactement fan de pieds de cochon ou autre langues.

En clair, quand je vois passer sur la voie rapide les camions remplis de porc, je ne me sens pas vraiment responsable du massacre de masse… Cependant, il y a un abat qui échappe à mon végétarisme lattent : le boudin.

Est ce parce que je suis en manque chronique de fer ?
Est ce parce que je suis mensuellement en perte de sang ?
(c’est les vacances, je ne suis pas dans la finesse aujourd’hui, pardon)

boudin sur toastToujours est il que, quand ce matin belle maman a fait une liste de ce qu’elle projetait de nous faire aux prochains repas, j’ai approuvé son idée de servir du boudin au déjeuner du lendemain. On a débattu un moment du bien fondé d’en donner aux enfants, puis de la longueur de boudin à prévoir pour chacun d’entre eux (ici, le boudin se coupe au mètre, même s’il se vend au poids).

Puis elle est partie au marché avec son cabas roulant, rejoignant les touristes et les autres retraités adeptes du marché du mercredi. Là, elle a fait la queue pendant quinze minutes, patiemment, avant de pouvoir acquérir auprès de l’artisan charcutier renommé les tranches de jambons pour les traditionnelles galettes du ‘jour de marché’ et le boudin…
Au moment du choix, malgré l’heure matinale, il ne restait plus que de l’antillais.
Belle maman est revenu avec son mètre de boudin, le cabas roulant fièrement à coté d’elle.

Le premier doute est apparu au moment de la cuisson… il sent drôlement bon, mais il ne piquerait pas un peu les narines ce boudin ?

A côté de sa poêle, les patates du jour bouillonnent joyeusement. Pour faire semblant d’aider Belle Maman, je les égoutte partiellement, avant de les écraser avec un peu de crème. Un régal, ces pommes de terre Bretonnes.

« A table les enfants ! »

Excités par l’air marin, mes trois castors juniors descendent l’escalier en se bousculant mutuellement. Dans le désordre et sous la menace nous obtenons qu’ils se lavent les mains. Après une crise majeure sur le bien fondé de laver les deux mains -il n’était pas d’accord pour laver sa main gauche- et un temps de réflexion sur la première marche de l’escalier -je refuse d’exclure une main du lavage-, mon enfant du milieu passe enfin à table.

boudin noir poeleLe petit dernier a déjà fini son entrée. Mamie égrène un demi décimètre de boudin, retirant la peau avec amour et attention. Puis elle lui prépare une belle assiette double purée -pomme de terre/légumes verts- et la pose devant lui. Le jeune enfant fait un grand sourire, attrape sa cuillère et la plonge sans hésiter dans les grains noirs qui sortent de cuisson.

« Dis Mamie » demande mon aînée, « c’est quoi le boudin en fait ? »

Sans hésiter Mamie explique que c’est du sang de cochon que l’on a cuit. Ma fille fait un grand sourire ravi : « On va manger du sang ?! » elle n’ose croire à l’aubaine… son frère presque jumeau, les mains dans le melon opine du chef en riant « On est des vampires, on mange du sang, Niak Niak Niak !!! »

Maintenant je sais pourquoi mes enfants sont de telles sangsues : ils sont assoiffés d’hémoglobine…

Mon petit dernier porte la cuillère a sa bouche.
Il enfourne le boudin noir antillais, sans hésitation.
Ses yeux se plissent, des larmes sortent… il regarde sa cuillère, surprit… puis l’assiette… et enfin sa grand mère, qui le regarde avec amour.

« Alors mon chéri c’est bon ? »

Un peu hésitant, il opine du chef.
Nouvelle cuillerée, il enfourne… sa bouche grimace, ses yeux pleins de larmes sortent de leurs orbites, mais il tient bon.
A la troisième cuillerée, le visage est rouge et la fumée commence à sortir par les oreilles. Mais c’est sa Mamie d’amour qui lui a préparé le boudin alors il avale le tout sans broncher, même s’il commence à avoir très chaud.

De part et d’autre de mon petit, mes deux aînés ont fini leur cabrioles. Je pose devant chacun d’eux une assiette aussi belle que celle de leur frère. Suspicieux, mon médian laisse sa sœur commencer avant lui.

Ce n’est que lorsqu’elle a commencé à tousser que l’on a douté. Belle maman a gouté, puis attrapé immédiatement un verre d’eau ! Le boudin antillais, c’est toujours épicé (logique), mais l’artisan breton s’est lâché sur les aromates !

Dire que cela pique est un euphémisme : la moutarde pique…
Le boudin du marché cogne !

Boudin-noirLe petit dernier a fini… la gorge en feu, il boit coup sur coup plusieurs verres d’eau. Son visages rougit sue à grosses gouttes. Il hésite à pleurer pour de vrai, mais il aime trop sa Mamie pour lui faire de la peine en n’aimant pas ses bons petits plats.

Remise de sa quinte de toux, fort déçue par le goût du ‘sang de cochon’, ma fille aînée décide que, tout compte fait, elle ne sera pas un vrai vampire. Poussant les grains de boudins sur le coté de son assiette, elle mange les deux purées. Pour une fois elle ne dit rien contre l’idée que l’une d’entre elles soit constituée uniquement de légumes vert.

Face à elle, l’air serein, mon médian finit d’avaler les grains noirs. Souriant, le teint clair et les yeux pétillant de plaisir gustatif, il se lèche les babines avant de demander « il reste du sang de cochon ? »

Nota : il se pourrait que certains détails aient étés enjolivés au service de cette histoire (en vrai, le boudin il était aussi bon que fort, même si la maison va sentir créole pendant encore 24h à mon avis)

8 commentaires sur “Le Boudin

    1. Mon médian aime tout ce qui est fort, mon dernier aime sa grand mère très fort… deux bonnes motivations 😉
      D’habitude il n’est pas plus épicé que cela… du coup on ne s’est pas méfiées. Belle Maman et moi soupçonnons le charcutier d’avoir doublé la quantité d’épices….

      Aimé par 1 personne

  1. J’adore ton article qui m’a bien fait rigolé!
    J’aime beaucoup le boudin noir et j’en mange presqu’une fois par mois (un peu moins en été). Et je n’ai jamais eu de soucis de fer même juste après mon accouchement 🙂

    J'aime

      1. Ceci dit, je suis une anémiée chronique, et mon gynéco, du temps ou je pondais des bébés, m’avait dit qu’on souffrait plutôt moins d’anémie pendant la grossesse… en tout cas, enceinte mes taux étaient meilleurs qu’à l’ordinaire 🙂

        Aimé par 1 personne

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