Le quotidien·Les idées reçues·Logistique

Ces articles que vous ne lirez pas

Pour ne pas se laisser emporter par l’angoisse de la page blanche, Colette écrivait sur des feuilles bleues. Aujourd’hui, il n’y a plus de page blanche : la plupart des personnes qui écrivent le fond au clavier avec un ordinateur. Les romans de mon enfance ont tous été d’abord écrit sur du papier avec un stylo ou une machine à écrire. Les brouillons de mes contemporains par contre n’ont probablement jamais été raturés dans la marge par leurs auteurs.

3 enfants en 3 ans articles rejetes 00.jpgJe suis auteure de blog

Pour écrire un texte, quel qu’il soit, je commence par réfléchir, assembler mentalement mes idées en un plan. Puis vient l’instant le plus important, celui qui va conditionner tout mon texte : je pose les premiers mots.

La première phrase, je pense, est très primordiale. Parfois (comme aujourd’hui) elle est ciselée dans ma tête avant que j’entame la frappe de mon texte. Le plus souvent, je remanie les premiers mots de mon article de nombreuses fois.

Pendant que j’avance dans mon récit, l’angoisse de la ‘page blanche’ est remplacée par l’inquiétude de ne pas être claire, puis par celle d’avoir une mauvaise tournure de phrase ou de laisser trop de fautes d’orthographes.

Enfin vient le moment de l’envoi au marbre. Lorsque j’appuie sur le bouton « publication », j’ai toujours quelques battements de cœurs plus forts : des gens vont lire mes mots, peut être les commenter. Une fois l’article en ligne, il m’arrive de le relire, à la recherche de coquilles perdues ou de mots que j’aurai oublié de supprimer. Je constate que j’ai progressé en assurance : il est devenu assez rare que je remanie totalement une phrase ou un paragraphe après publication.

3 enfants en 3 ans articles rejetes 01Cela fait plus de quinze ans que j’ai des textes publiés sur la toile. J’ai commencé au sein d’une équipe rédactionnelle, avec un rédacteur en chef pour remanier les points faibles de mes textes (parfois en en changeant inopportunément le sens, hum hum). Au fil du temps, je me suis émancipée, créant un premier blog collaboratif, puis un second consacré à mes textes poétiques. J’aimais beaucoup faire de la poésie (au passage, je vous recommande le blog de Mamouni).

Aujourd’hui j’écris essentiellement en prose

Comme disait ce cher Victor : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». De mes années de poésie, j’ai gardé une grande attention sur la forme de mes textes, leurs phrasés. Elle me guide pour faire ressortir le fond.  Il m’arrive régulièrement (presque inconsciemment) d’utiliser des figures poétique dans mes textes (si vous me lisez bien, y’a des alexandrins).

En prose, mes textes sont plus longs, presque toujours plus de 1000 mots. Ma pratique de lectrice m’influençant, j’essaie de ne pas dépasser 2200 mots dans mes articles sans avoir une vraie raison. L’expérience de 249 articles (publiés) sur ce blog m’aide à avoir confiance en ma plume, en mes termes. Je me laisse de plus en plus facilement aller, libérant mon esprit du clavier.

Si que vous lisez aujourd’hui n’est pas parfait à mes yeux, il exprime correctement ce que j’ai envie de ‘dire’. Plus j’écris, plus je peux écrire. Enfin, la plupart du temps.

Parce qu’il y a ‘eux’, tous ces brouillons d’articles qui restent bloqués ici ou là.

A l’occasion des deux ans de son blogs, Picou indiquait avoir une centaine de brouillons/idées d’articles ouverts. En lisant cela, j’ai trouvé le chiffre énorme. Puis j’ai compté chez moi. Actuellement, j’ai 9 brouillons dans les limbes en lignes de 3enfantsen3ans.com, 33 textes en cours dans le ventre de mon ordinateur portable (34 avec celui-ci), sans compter ceux oubliés dans la tour HP retraitée depuis mon déménagement en décembre derneir. Parmi ces brouillons se trouvent plusieurs documents avec des idées justes posées en vrac : je dispose probablement d’une bonne cinquantaine d’articles en cours, à des stades plus ou moins avancés.

Certain de ces textes sont bloqués depuis longtemps. Le plus ancien n’a pas été retouché depuis près de deux ans.

3 enfants en 3 ans articles rejetes htLes textes que vous ne lirez pas

Parmi ces documents, il y a un billet sur Fifi datant de 18 mois déjà repris plusieurs fois. L’ayant retrouvé il y a peu, je l’ai remanié dans l’idée de le publier le jour de son anniversaire (dans deux semaines). Ce papier fait figure d’exception. J’ai fini par comprendre que, dans mon fonctionnement, si cela ne vient pas c’est que je n’ai pas trouvé le bon angle d’attaque pour parler d’un sujet.

Certaines idées tournent dans ma tête pendant des semaines

Pour vous donner un exemple, j’ai mis près de deux mois à trouver comment parler du livre ‘l’éducation approximative’.

Est-ce parce que je l’ai beaucoup aimé ?
Est-ce parce que d’autres faisaient des critiques fouillées et bien écrites ?

Maintenant que j’ai écrit sur le sujet (ici), je sais que c’est parce que je ne me sentais pas de parler directement de ce ‘guide’. Je souhaitais un cadre un peu plus large. Un énième accrochage avec une maman ultra-bienveillante m’a donné l’idée de la chronique que vous avez lu.

3 enfants en 3 ans articles rejetes 02Cet exemple est d’autant plus parlant que, malgré mon envie, cet article a bien failli ne jamais voir le jour. La version finale, qui a attiré l’attention de Hello Coton (youpi, un coup de cœur), est très différente du premier jet. Le papier originel faisait près de 5000 mots. Dense comme il était, il ne me convenait pas. Au fur et à mesure des reprises, je l’ai réduit de plus de moitié.

La publication de cet écrit était prévue autour du 20 mars. Mais la loi Blanquer me l’a fait décaler d’une semaine (et retirer encore quelques centaines de mots).

Vous ne lirez donc pas mes attaques contre les mères qui détiennent le savoir absolu en matière d’éducation.

Simplifier un article n’est pas une mince affaire

En début d’année, j’ai travaillé un texte pour le Huff Post sur un sujet qui me tenait à cœur. Mon papier était fouillis : trop d’idées se télescopaient. Je n’ai pas réussi à ordonner suffisamment mes propos pour que l’opération aboutisse (et que la community manager du HP lui offre un super titre accrocheur).

Obstinée (plus têtue qu’une ânesse), j’ai retravaillé ce texte pour le publier chez moi. Là aussi cela a bloqué. Un peu déçue sur le moment, je réalise que j’ai encore des progrès à faire en rédactionnel. Mon objectif pour progresser est simple : un article = une idée
(pas plus). L’atteindre m’est compliqué.

Vous ne lirez donc pas mon article dénonçant les paradoxes de la société de consommation

Faire un article différent demande de l’inspiration

Un tag circule actuellement, initié par Maman Lempika. La même semaine j’ai vu apparaitre plusieurs articles totalement différents les uns des autres, tous superbes, traitant des métiers que mes camarades ne font/feront pas.

3 enfants en 3 ans articles rejetes 03Parler de mes métiers, ce que j’ai fait / veux faire / rêve de faire / ne ferait jamais ? Le thème me parle ! A ce jour, j’ai écrit 2 articles différents pour répondre au tag. Pour des raisons différentes, aucun des deux ne me convient.

Vous ne lirez donc pas mes articles [TAG] Et si c’était à refaire ?

En laissant tomber la seconde version du tag métiers, j’ai eu l’idée de l’article que vous avez sous les yeux

Les mots ne sortent pas toujours

Parmi mes brouillons, il y a ‘les portes’. Dans ce texte je tente de parler de ce mélange de tristesse et de plaisir face à son dernier enfant qui grandit, passant de l’état de bébé à celui d’enfant. A chaque fois que mon Loulou franchit une étape, il referme la porte qu’avait ouverte sa grande sœur Ririe : je n’ai plus d’enfant quadrupède, je n’ai plus d’enfant qui ne savent pas parler, je n’ai plus d’enfant non scolarisé, etc.

Les mots me manquent pour exprimer ce ressenti, cette joie nostalgique. J’ai fait une autre tentative dans ‘Les petites roulettes’. Là aussi je suis restée bloquée.

Vous ne lirez donc pas mes articles sur mon bébé qui devient enfant.

En lieu et place de ces deux textes, j’ai tout de même réussi à accoucher de celui-ci au revoir mon dernier bébé.

Les mots ne sont pas toujours utiles

3 enfants en 3 ans articles rejetes 05Certains articles sont écrits en une seule fois. Ils sortent d’un coup, rapidement. Les phrases s’alignent naturellement. Souvent ces textes sont mes chouchous, des instants de vie croqués sur le vif que je vous livre avec plaisir.

Parfois cependant, j’écris des cris des réactions épidermiques ou négatives face à des situations ou des faits qui me dérangent. Alors, je me pose entre quatre yeux (les miens et ceux de mon miroir). Est-ce que mes mots sont utiles ? Ne sont-ils pas trop futiles ?
Est-ce que j’apporte (immodestement) quelque chose aux autres (en publiant ce texte) ?

Si la réponse est oui, il part vers vous, en général assez rapidement. C’est arrivé pour le dernier article mis en ligne (il est ici). Si la réponse est non, le texte est effacé.

Entre les deux, deux possibilités :

– Soit l’idée me parait porteuse dans un texte mal conçu.

Alors je retravaille mes mots ou j’écris un nouveau texte par-dessus, plus clair
(ou moins vindicatif), sur un thème proche.

– Soit je doute totalement.

Alors j’envoie mon texte à une personne de mon entourage (copine blogueuse ou amie qui connait bien le sujet traité). Ces regards extérieurs et bienveillants (merci PN, ALB GP, GH, MLM…) m’aident à trancher.

3 enfants en 3 ans articles rejetes 04tDiscuter en off de ce que j’ai voulu exprimer m’aide instantanément à y voir plus clair. En prenant du recul, j’arrive le plus souvent à faire évoluer mon texte, l’améliorer pour le publier.

Mais il arrive aussi parfois qu’à la question : « qu’est-ce que cela apporte que tu envoies ce texte ? » Je ne puisse trouver de bonne réponse.

Vous ne lirez donc pas mon article coup de gueule sur les coups de cœur sponsorisés de Hello Coton (t’en souviens-tu MamanBCBG ?).

Enfin certaines textes sont toujours en cours

En coupant mes articles je peux parfois récupérer les chutes. Si certains paragraphes n’ont plus leur place dans le texte qui sera publié, ils peuvent éventuellement servir de base pour un autre article. (C’est ainsi que je me retrouve avec plusieurs brouillons sur le même document).

Une fois écrits, certains textes mis de cotés restent enfouis dans un coin de ma tête. Un jour, sans trop savoir pourquoi ni comment, j’ouvre le document qui devient une base pour un nouvel article, parfois très éloigné des quelques idées jetées sur le brouillon.

Vous lirez donc peut-être un jour mon article sur la parentalité bienveillante vu par la comtesse de Ségur.

Et vous, que vous teniez un blog ou écriviez des cartes postales, comment faites-vous pour sortir les mots sur vos maux ?

3 enfants en 3 ans annie

Crédit photos : 3enfantsen3ans.com

17 commentaires sur “Ces articles que vous ne lirez pas

  1. Pas toujours évident de trouver les mots, la manière de les amener etc… J’ai moi aussi, pas mal de billets en brouillon. Peut-être qu’ils verront le jour, un jour…
    En tous cas, me tarde de lire ton article sur la parentalité bienveillante vu par la comtesse de Ségur !! 😉
    A bientôt,
    Charlotte.

    Aimé par 1 personne

    1. Pour Sophie de Ségur, si tu savais ??? Mes enfants sont ravis de vivre au 21e siècle quand ils voient comment cela se passait alors.
      Avant de pouvoir écrire l’article, il faut que je relise ‘quel amour d’enfant !’
      Belles vie à tes futurs articles 😉

      J'aime

  2. Génial cet article, cela me parle tellement ! J’ai l’impression que tu décris ce qui se passe dans ma tête. Moi j’ai environ une quarantaine de brouillons. Des articles finis mais jamais publiés, des articles commencés et pas terminés, des bouts de phrase, des titres avec lesquels je n’arrive pas à aller plus loin, des petits paragraphes dans mes carnets… et parfois, ça évolue et ça éclot.
    En tout cas, ton article permet de mieux te connaître, et j’aimerais bien quand même lire ta réponse au TAG de Maman Lempicka, et celui sur les mères parfaites !

    Aimé par 1 personne

    1. Pour les mères parfaites, cela sortira probablement vu comment j’en ai gros sur la patate.
      Pour le tag, je ne pense pas, ou alors il va falloir un 3eme article…
      Savoir que tu passes par les même étapes que moi, alors qu’encore hier j’ai lu un de tes articles parce qu’il était relayé par quelqu’un de mon entourage… vive le buz…. Cela me dit que je suis sur une route normale sans me rassurer sur mon manque d’assurance lol
      Merci pour ton retour d’expérience, les articles que tu publies sont topissimes, que ce soit sur ton blog ou ailleurs alors, finis ces machins en cours nanméo !

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  3. Comme tu le sais, je ne suis pas littéraire pour un sou ce qui ressent fort bien dans mon non-style 😉 du coup je me pose bien moins de question. Chez moi c’est binaire, ça marche où ça ne marche pas. Si j’ai noté l’idée c’est qu’elle était bonne à mon niveau bien sûre 😉 et si je ne la sens pas ben pshitt !
    Mais j’admire énormément le professionnalisme dont vous faites preuves. Cependant je trouve que c’est une pression monstrueuse que vous vous mettez et que personnellement je ne supporterait pas 😉
    Avec ou sans pression j’aime te lire ❤ ❤ ❤ et même tes brouillons imparfaits ne me gêneront pas le moins du monde.

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    1. T’es trop chou Gtoch. La pression oui les personnes cérébrales ont la mauvaise habitude de se la mettre toute seule je crois !
      J’aime ta plume, ton regard sur les choses, ton coté provoc assumé. Ce qui compte, c’est d’être soi même, n’est ce pas ?

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  4. Je me reconnais aussi totalement dans tous ces cheminements, ces aboutissements et ces tentatives avortées. Chez moi, ce sont plus de 65 brouillons qui attendent…98% garderont leur statut à jamais. Je pense qu’une bonne idée est facile à faire fructifier, et que si des brouillons restent brouillons, c’est qu’il y a une bonne raison!

    Aimé par 1 personne

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