Argh·Le quotidien

Câlin spécial

3enfantsen3ans calin spécial 1Fifi est fatigué. Comme beaucoup d’enfants de 4 ans, il passe le temps de sieste à jouer seul (ou accompagné par sa sœur) dans sa chambre. Alors en fin d’après midi il devient coton d’obtenir quoi que ce soit de lui.
Jouer, non il n’a pas envie.
Lire, oui, mais uniquement le livre sur les travaux et Ririe et Loulou n’ont pas le droit de regarder les images avec lui.
Hors de question de ranger les jouets : c’est pas son travail de faire le ménage !

Oui, le placide Fifi, à défaut d’être de mauvaise humeur, est extrêmement obtus quand il est fatigué. Quand vient l’heure de se mettre en pyjama, seule maman peut l’aider.
Il ne le fera pas seul.
Il hurlera si Papa tente, de gré ou de force de le changer.
Il faut se relever les manches pour se laver les mains avant d’aller dîner, soit. « Maman, relève-moi les manches ! Comme il faut s’il te plait ! » (en retournant le bord pour pas qu’elle ne retombe sur le bras). Il faut aussi rester à coté de lui, ouvrir l’eau, tenir le savon puis tendre la serviette.

Comment vous organisez vous pour le dîner chez vous ?

3enfantsen3ans calin spécial 3Ici les enfants dînent en premier, idéalement avant 19h. Je prépare le repas pour Monsieur-Mon-Mari et moi pendant que les petits sont à table. Les plats finissent de cuire pendant le coucher et vers 20h commence la soirée (et la tranquillité) pour mon amoureux et moi. Quand il est présent, Monsieur-Mon-Mari se trouve trois mains pour aider trois bambins fatigués à se restaurer, ce qui me laisse le champs libre (cuisiner est un de mes plaisirs au quotidien, une vraie détente).

Ce soir, Fifi est fatigué. Il s’asseoit sur sa chaise, l’air bougon. « mettez vos serviettes les enfants ». Ririe s’exécute prestement (quand le menu lui convient, elle est toujours au taquet). Loulou réclame son tablier en chantant, Monsieur-Mon-Mari l’a déjà en main. Fifi ne bouge pas. Nous répétons notre demande. « C’est Maman qui me met le tablier. » Dit-il. Je regarde mon fils tassé sur sa chaise. Sa serviette que j’avais posé sur l’assise en prévision du dîner est à ses pieds. « Hors de question ! » lui répondis-je « je ne suis pas là pour ramasser ce que tu jettes à terre ». Fifi commence à trépigner. Il refuse catégoriquement de mettre sa serviette autour du coup par lui-même.

J’explose. J’attrape mon enfant par le bras, le fait se lever de sa chaise, et l’emmène par la main jusqu’à notre escalier. Je lui demande de s’asseoir sur la première marche : « Cela ne se fait pas de jeter à terre les choses pour demander aux autres de ramasser pour toi ! ». Fifi chouine. Il veut Maman. Je tourne les talons et repars en cuisine pour descendre en pression.

Une minute se passe. Ririe et Loulou avalent gloutonnement purée et crudités. Monsieur-Mon-Mari me regarde.
Léger hochement de tête vers l’entrée où notre fils exprime bruyamment sa mauvaise humeur.
Okay, j’y retourne.

3enfantsen3ans calin spécial 2Les pleurs secs de mon comédien tarissent immédiatement à ma vue. « Vas-tu mettre ta serviette et dîner ? » « Oui Maman ». Un bisou, un petit câlin, je lui tends la main et nous retournons en cuisine. Fifi ramasse sa serviette, la passe autour du cou avant de s’asseoir à sa place. Je reprends mes préparatifs. Debout, à un mètre de lui, je fais revenir des poivrons et des ognons à la poêle. Mon fils aîné se met à chouiner, sans toucher à son assiette. « Je veux Maman ».
Monsieur-Mon-Mari me regarde, partagé entre empathie et espoir. Laissant ma tâche culinaire, je m’assois à table, à côté de Fifi. Il ouvre la bouche, je donne la béquée. Puis, sans mâcher, il ouvre pour une seconde béquée. (Fifi est un écureuil qui gonfle totalement ses joues avant de mastiquer. En conséquence, quand il mastique, c’est interminable). Je m’accroche à un reste de patience gratté dans mon amour pour lui.

Il avale, prend la cuillère que j’avais reposé sur son assiette, re-ouvre la bouche, enfourne seul une pelletée de purée. Sa sœur, qui a fini son assiette depuis belle lurette lui dit une bêtise. Il éclate de rire, m’aspergeant en même temps que la table. Je m’éponge, tant bien que mal. Je reprends la cuillère, essayant de ne pas céder à la mauvaise humeur. Il se met à faire l’idiot, se balançant sa tête de gauche à droite. Je tiens fermement la cuillère en attendant qu’il daigne s’en rapprocher. Il fini par enfourner brutalement purée et cuillère, serre les dents pour m’arracher le couvert des mains. Puis se lève, imité par sa sœur et danse dans la cuisine.

Monsieur-Mon-Mari évite de réagir. C’en est trop pour moi. « Je suis désolée, mais je ne suis pas en état de t’aider à diner, là ». Je sors, vais dans le séjour, commence à tapoter sur ma tablette pour me calmer les nerfs. Les enfants ne disent rien. Ils se rassoient. J’entends que Ririe et Loulou passent au yaourt. Quelques instants plus tard, Ririe vient vers moi en dansant pour me dire fièrement qu’elle a « bien diné et même fini son fruit » avant d’aller jouer. Monsieur-Mon-Mari monte avec Loulou pour sa part du rituel du soir. Fifi est toujours assis à sa place. Il n’a pas voulu suivre son père à l’étage. Il n’a pas voulu rejoindre sa sœur qui dessine tranquillement sur sa table d’écolier. Il a gouté tout ce qui est dans son assiette, il sait qu’il a le droit de quitter la table. 3enfantsen3ans calin spécial 4
Il ne le fait pas.
Silencieux, immobile, il regarde dans le vague. Prenant mon courage à deux mains, je retourne dans la cuisine. Son assiette est dans le même état que quand je suis partie une dizaine de minute plus tôt. La cuillère est toujours sur le bord, pleine de purée de carottes.

Cela fait une heure qu’il est à table.
Il m’a collé toute la journée.
Même pendant le temps calme, quand tous les autres dormaient, il était contre moi.
On s’est fait un gros câlin en regardant un truc débile à la télé. J’ai même cru qu’il allait s’endormir… mais il s’est redressé en disant « j’ai pas envie de faire dodo ».
En fin d’après midi, j’essayais de coudre… la surjeteuse a fait des sienne. Pour la première fois j’ai cassé une aiguille. Je n’ai pas réussi à la changer. Je n’ai pas pu finir mon ouvrage, ce truc facile qui devait me prendre une demi-heure et qui a foutu en rade ma machine à coudre (elle a un vrai souci celle-là) et ma surjeteuse qui jusqu’ici travaillait toujours impeccablement.
Pendant tout ce temps, il était penché sur moi, me posait des questions, commentait chacun de mes gestes. Il a même failli tomber de sa chaise parce que j’ai bougé ma hanche sans réaliser qu’il était en équilibre contre moi.

Maintenant il me regarde, fatigué, fatiguant.
« je veux que tu me donnes à manger s’il te plaît maman » me dit-il.
Pardon mon chéri. Je n’ai pas la force.
Je le regarde à mon tour. On se jauge mutuellement.
« Mon fils, je suis moi-aussi fatiguée. Alors je vais te laisser finir seul ton assiette et, tout à l’heure, quand tu seras dans ton lit, je te ferais un câlin spécial »

Il a hoché la tête, m’a demandé de partir et a fini son assiette en quelques secondes.

Et chez vous ? Comment sont vos enfants quand ils sont fatigués ?

9 commentaires sur “Câlin spécial

  1. J’ai eu les larmes aux yeux a la fin de ton billet. Les enfants sont si fatigues a cette periode. Les miens sont exactement pareil en ce moment. C’est si usant pour les nerfs de les avoir si « pot-de-colle », et en meme temps, ils n’y peuvent pas grand chose. Pas facile de trouver un equilibre ideal… Tes enfants ont l’air drolement autonomes, malgre tout 🙂

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    1. Ils sont autonomes oui, particulièrement Fifi. Cela fait deux matins là que je dois les réveiller. C’est vraiment quelque chose dont j’ai horreur.
      Les tiens aussi accusent le coup ? Les grandes vacances sont quand en Thaïlande ?

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      1. Les notres aussi fatiguent beaucoup. Il faut aussi les reveiller le matin maintenant. Et ils sont execrables la journee. Heureusement, c’est les vacances en fin de semaine prochaine, chez nous! (Helas aussi, parce qu’il y a dix semaines de vacances, dont huit a la maison… Ca va etre loooong!)

        Aimé par 1 personne

  2. On sent l’ambivalence, l’amour et le ras le bol, enfant fatigué et fatiguant.
    Le miens est moins pot de colle, quoique, il est surexcité, indécis et on finit tous sur les rotules. C’est dur que notre propre fatigue passe toujours en dernier. Je trouve que finalement tu t’en est bien sorti, tu as su répondre à ce qu’il te demandais vraiment, de l’amour, une attention spéciale.

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      1. Non non, ne t’inquiètes pas… le terrible two n’est pas forcément à 2 ans je pense… Fifi, mon BB2 n’en a pratiquement pas fait… mais s’est rattrapé un an plus tard. Là c’est encore autre chose, il est en période gluon gluant maman rien que maman… 90% du temps c’est supportable, mais il reste ces 10% vraiment chaud (ma fille a pas fait cela, mais elle a fait un méga terrible two)

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