Le quotidien·Les idées reçues

Vêtements sous influence

3enfants en 3 ans chapeau 1En prévision d’un week-end en famille, j’ai acheté une paire de chaussure à chacun de mes deux aînés dont les souliers montraient quelques signes de faiblesse. En récupérant mes enfants à la sortie de l’école, je leur ai annoncé qu’une surprise les attendait chez nous. Déjà hors d’eux à la perspective de trois jours avec leurs cousins, mes petits étaient impatients de découvrir une nouveauté à la maison. Une fois passé la porte, j’ai sorti, avec des gestes de magicienne, les deux boites neuves. Des étoiles brillaient dans les yeux de mes deux enfants. Mon fils a attrapé la sienne, s’est assis sur le sol, l’a ouverte, a fait « Waouh, des nouvelles baskets qui courent vite ! » et les a immédiatement mises à ses pieds, un grand sourire aux lèvres. A ses côtés, mon petit dernier battait des mains en riant.

3enfants en 3 ans shoesMa fille a attrapé sa boite, s’est assise sur le sol, l’a ouverte et est restée figée. Pas un mot. Pas un geste. Pas un sourire. Il est vrai que ma fille est difficile à vêtir, mais jusqu’à présent elle n’avait pas posé de souci particulier concernant les chaussures. Celles sous ses yeux étaient tout ce qu’il y a de plus classique, bordeaux et crème, avec une boucle de réglage en velcro. Le même modèle que celles qu’elle avait au pied, le neuf en plus. J’interroge ma puce sur ce qui l’ennuie, et elle se met à pleurer : « ce sont des chaussures de garçon ! elles ne sont pas ‘jolie’ et pas fifilles… ».

Cinq ans ! Ma fille a cinq ans ! Elle est en moyenne section de maternelle, et elle accorde déjà suffisamment d’importance à son apparence pour pleurer à cause de chaussures bordeaux sans paillettes !

La pression sociale est présente jusque dans les cours des écoles maternelles. Interrogez vos enfants, en particulier vos filles, sur cette soudaine passion pour les sequins, les paillettes ou autres neuneus roses bonbons… D’où leur vient-elle, qui l’a leur a inspirée ? Mes trois enfants n’ont pas accès à la télévision, juste quelques films en vidéo les matins de week-end à la maison. Pourtant ils connaissent Pattes Patrouille, Spiderman, Hello Kitty, Dora et bien sûr Elsa. Ce n’est pas les institutrices qui leur ont enseigné que Dora voyage avec un singe…

Certes, c’est un signe d’ouverture aux autres (pas le meilleur) que de jouer avec lui à incarner ces différents héros. Mais c’est surtout la preuve que, à moins de vivre en autonomie et en ermite, la pression sociale commence aujourd’hui dès le premier contact de notre tout petit avec les autres enfants. Ce constat me déplaît profondément. Alors je combats tous les jours les idées reçues selon lesquelles les filles sont à la vanille et les garçons au chocolat. D’abord inconscient de ce problème (il a grandi dans les années 70, loin de toute considération mercantile), mon mari ne sourcille pas lorsque son fils va au centre aéré avec un serre tête, encourage sa fille à escalader le monde, met des bodies rose ou violet à son petit dernier sans se poser de question. De plus en plus de parents montrent cette même envie de voir la société de l’image nous ficher la paix, rendre le droit à nos enfants de jouer sans se préoccuper du rendu de leurs tenues en photo.

Tous les jours nous nous adaptons à chacun de nos enfants, leur répétant qu’ils sont capables de grandes choses, que seule compte l’opinion des gens qu’ils aiment et encore… Ils ne sont pas obligés d’être d’accord avec ce que nous pensons, juste de nous écouter et de réfléchir à pourquoi ils ne sont pas d’accord avec nous. Mais on se sent seuls dans cette bataille. Seuls face aux médias et surtout aux industriels qui, non content de fournir du bleu pour les garçons et du rose à paillettes pour les filles, ont accentué la pression en ne coupant pas de la même façon leurs vêtements.

Et oui.
Ce n’est pas une blague.
Tout à fait par hasard j’ai pu le constater. Mon fils est plus large d’épaules que ma fille, il pèse plus lourd tout en mesurant 2 à 3 cm de moins. Pourtant, jusqu’à début Mai, il portait du 4 ans alors que sa sœur est au 5 ans depuis un an, glissant progressivement depuis son dernier anniversaire vers le 6 ans.
Un matin, peu réveillée, j’ai sorti le premier t-shirt manche longue que j’ai trouvé dans son tiroir pour habiller mon fils. Il était jaune moutarde. Mon fils et moi étions contents de lui faire porter un nouveau t-shirt hérité de ses cousins (la majorité de nos vêtements sont d’occasion). La tête est passée sans problème. Mais dès qu’il a eu les bras dedans, Mon garçon s’est plaint d’être trop serré.
En effet, il ressemblait à un saucisson mal ficelé. Regard sur l’étiquette, c’était bien du 5 ans, marque Orchestra. Mon fils a essayé de le retirer lui-même, mais n’y est pas parvenu : trop serré aux bras, j’ai dû l’aider. Une fois libéré, nous avons détaillé le motif du t-shirt… et là j’ai compris : l’image en flocage était un sac à main et son contenu. Malgré la couleur jaune moutarde, il s’agissait là d’un t-shirt féminin égaré dans la nouvelle garde-robe de mon garçon. Pour vérifier, je le fais passer à ma crevette de fille de cinq ans. Effectivement, avec ses 16kg pour 1m08 elle arrive à respirer dedans, elle, même s’il est un peu court !

Cela commence à se savoir, les vêtements des filles sont coupés plus petits que ceux des garçons. J’ai refait le test pour vérifier ce qui est aussi improbable que totalement inacceptable avec trois marques différentes (ce que j’avais sous la main) en taille 5 ans : Orchestra, Vert Baudet et Okaidi. Le résultat de mon expérience est aussi net que sans appel : le t-shirt garçon est systématiquement plus large et plus long que le t-shirt fille !

3enfants en 3 ans chemise
Le vert d’eau est du 5 ans fille, le vert canard (plus foncé) est du 4 ans garçon

Pire encore : l’an dernier pour le même prix dans le même magasin j’avais acheté l’an dernier deux t-shirts manche longue à mes deux aînés pour qu’ils soient assortis sur la photo de classe. Celui de ma fille est en 5 ans et celui de mon fils en 4 ans. Devinez lequel est le plus grand ?

preuve par l'étiquetteLa réponse avec les deux photos ci-dessus et ci contre. Vous ne rêvez pas : celui du dessus est un 5 ans, et il est plus petit. Cela peut vous paraître futile et anodin mais ne l’est pas. Cette différence de taille contribue insidieusement à l’image négative que les filles, même très jeunes, peuvent avoir d’elle-même et de leur physique.

Par ailleurs, toute mère vous le dira : il est impossible de trouver des t-shirts ‘de fille’ avec des motifs de tracteur ou de voitures, tout comme il est impossible de trouver des t-shirts ‘de garçon’ avec des papillons ou des coccinelles (la dernière commande de mon fils). Si vous en voulez quand même (un t-shirt coccinelle qui ne soit pas à paillette), ben à vous de les faire (je deviens une pro du transfert, merci les industriels). Enfin, si nos garçons flottent régulièrement dans des shorts trop long, nos filles se retrouvent avec des robes trop courtes ou se voient trop souvent contraintes à porter des robes bien trop grandes à la taille afin de couvrir raisonnablement leurs jambes (cachez cette petite culotte Princesse Sophia que je ne saurai voir).

Que faire face à cette situation ? Que faire pour contrer cette pression sociale amplifiée par les industriels ? Difficile de ne plus acheter de vêtements à nos enfants. A nous les mères de familles ne restent à mon avis que 3 possibilités :

1- Rassurer nos petites filles, « non ma chérie, tu n’es pas plus grosse que ton frère, ce sont les fabricants de vêtements qui ne savent pas que les petites filles ne sont pas forcément plus fines, qu’elles n’ont pas forcément un tronc plus petit et des jambes plus grandes que les garçons à taille égale… Barbie n’existe pas dans la vraie vie« .

2- Se mettre à la couture : un peu d’imagination et de tissu pour rallonger les robes qui ont beaucoup trop tendance à arriver mi-cuisse ou tailler des shorts plus courts à nos fils qui veulent montrer leurs jolies gambettes musclées

3- Acheter des vêtements de deux tailles de trop pour pouvoir couvrir leurs ventres de gamines, ou une taille en moins pour que nos bonhommes paraissent moins maigres.

3enfants en 3 ans ballonPour moi, ce ne sont que des ersatz de solutions… Alors aujourd’hui, Et à moins de suivre l’exempe de cette maman qui, lasse de ne pas trouver des shorts de longueurs décentes avec des motifs pas trop neuneus pour sa fille de quatre ans, a décidé de créer sa propre marque de vêtements adaptés à tous, je ne vois pas vraiment comment faire. Quelle sera la marque française qui se lancera sur ce créneau?

Et chez vous ? Êtes vous très ‘filles en rose, garçon en bleu’ ? Ou au contraire votre fils fait de la dance et votre fille du rugby ?

13 commentaires sur “Vêtements sous influence

    1. Bonjour et bienvenue sur mon blog 🙂 (le tien à l’air très chouette)
      J’avais entendu parler de cela aux USA… je pensais naïvement que c’était différent chez nous.
      Une amie a testé cette semaine avec du 3 ans de son Loulou et du 5 ans de sa grande : même taille ! (c’était encore une autre marque)

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  1. Je n’avais pas toutes ces notions mais ce qui est certain c’est que, juste pour des petites sandales d’été pour 2 bébés de 18 mois, je trouve surtout du moche, du grossier, du truc « d’allemand » (je n’ai rien contre nos voisins hein) ou du truc qui fait chaussures d’handicapé (idem). Alors que pour les filles, le choix est large, raffiné avec de jolies couleurs. Et ça m’énerve. Sauf que certaines marques font du joli garçon mais coûte 2 bras et demi… Bref, je me suis aussi fâchée (et n’ai toujours pas acheté de sandales) et aurais bien envie moi aussi de créer ma marque de vêtements ET de chaussures !! Nanmé

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    1. Bonjour et bienvenue Nanou (je crois que c’est la première fois que tu commentes 🙂 )
      Pour les sandales, j’ai trouvé l’an dernier chez Obaïdi en solde pour mon esthète de Fifi.
      Pour Ririe, j’ai un vrai problème partagé par beaucoup de maman : les sandales de filles ont souvent des lanières super fines qui font que ce n’est pas pratique quand elles courent. Ma fille ayant les pieds étroits, c’est jamais simple de la chausser (cela s’appelle un combo : phobique, gabarit hors norme et difficile).
      Bon courage pour ton terrible two doublé :p (Pour deux d’entre eux, il n’a pas été violent… Mais pour la troisième……………….)

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  2. J’avoue que je suis les dictats de la mode et avec un certain plaisir. Ma fille toute menue déteste les vêtements trop larges. Elle aime porter près du corps. Et mes garçons aiment le confort et …. Les poches. Un maximum de poches pour mettre tous les cailloux et autres trésors ramassés dans la rue. Ça ne me dérange pas. Je trouve qu’en fonction des marques tu en as pour tous les goûts pour chaque sexe. Dpam près du corps pour les garçons. Sergent major pour les robes version longues pas vulgaires par exemple. La où ça m embête c’est pour les survêtements. Ma fille est fan de bleu donc ça pourrait être parfait pour pouvoir refiler aux petits frères après mais la différence de coupe garçon fille est telle que c’est vraiment pas possible.
    Je ne sais pas si c’est néfaste. Trop c’est trop bien sur. Mais l’identité sexuelle debute dès la petite enfance et les vêtements aident à s affirmer.
    Moi ce qui m énerve le plus ce sont les vêtements effet de mode avec les personnages de dessins animés. C’est moche. Souvent de basse qualité. Sur une culotte ou des gants à la rigueur. Mais décliner Tchoupi ou Violetta même en manteau j adhère pas du tout.

    Je crois que ce n’est pas nouveau. À l époque de mes parents la classe c’était d avoir un Lévis. À la mienne c’était le bombers Schott ou les doc Martins. Maintenant c’est autre chose …
    Mais c’est vrai que pour les filles c’est devenu trop court. Impossible de trouver un. Short en jean à mi cuisse !!! C’est abusé quand même. Vouloir rendre des petites filles sexy ça me choque.

    Les miens aussi sont sensibles au regard des autres. Et si une critique négative est faite sur une de leur tenue à l école je vois bien qu’ils ne la choisissent plus le matin. Ça permet de déclencher une discussion avec eux sur l attitude à avoir quand les autres ont trop d influence.

    De toute façon ça va devenir de plus en plus difficile avec l adolescence de lutter contre la pression sociale. Je pense que de toute façon une fois adulte on recherche à être soi , limite à être différent justement et que c’est normal que l enfant qui découvre et apprend la société préfère s’y conformer ça donne l’impression que c’est plus facile de se faire une place.

    Bises !!!

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    1. Bienvenue 🙂 et merci pour ton commentaire.
      Ta fille est plus grande, tes propos ne me choquent pas du tout.
      Ce qui m’énerve et me choque, c’est ce principe selon lequel à taille égale une petite fille doit être plus mince qu’un garçon . Jusqu’à l’adolescence (et à mon avis même après), il n’y a pas de raison ! Les garçons sont souvent plus grands certes (mais pas toujours cf mon petit dernier), mais cela ne veut pas dire qu’ils sont plus larges d’épaule.
      Pour moi tout cela participe au cliché selon lesquelles les filles sont plus faibles, moins capables que les garçons.
      Porter un jolie robe pour se faire plaisir est une chose.
      Porter un t-shirt Violetta parce que c’est cela qu’il faut porter pour être une fille en est déjà une autre qui me plait moins mais participe à l’acceptation par le « groupe ».
      Porter un short qui serre le peu de cuisse qu’il couvre en est une troisième que je refuse parce que c’est suivre des diktats mettant dans des cases.
      Mon Fifi était écœuré à la plage il n’y a pas longtemps : sa sœur et ses cousines avaient les jambes totalement à l’air tandis que son short le plus court lui arrive juste au dessus du genou.
      On ne laisse pas le choix aux gens, Ils sont obligés d’être dans la norme donnée par les industriels, les médias, les surréalistes canons de la mode, indépendamment de ce qu’ils ont envie de faire.
      Concernant l’adolescence, je pense comme toi qu’il y a un moment où chacun a besoin de rentrer dans le moule pour se sentir dans une certaine norme (et se rassurer par rapport à tous les changements physiques, c’est horrible l’adolescence 😉 ). Mais c’est important aussi d’apprendre à être soi même… On n’a qu’une seule personnalité, on n’arrivera pas à la changer totalement. Si on a de la « chance », de l’écoute, on va pouvoir grandir et s’apprivoiser soi même. Mais nier sa personnalité est vraiment triste. Et ce que je dénonce là à mes yeux est un encouragement à la négation de l’individualité (On part d’une paire de chaussures mixte, et vlan on fini dans des pensées métaphysiques 😀 ).

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  3. (Je me commente moi même, je ne sais pas si cela se fait mais c’est un sujet important pour moi…) L’article ci dessus a été écrit la semaine dernière (j’écris généralement mes articles 8-10 jours avant publication sur le blog). Depuis, j’ai vu ceci qui exprime aussi ce que je pense : http://www.sudinfo.be/1101104/article/2014-09-12/cette-photo-choque-le-monde-une-petite-fille-prete-a-se-couper-un-bourrelet-pour
    Pour moi, c’est vraiment un travail de tous les jours que de combattre les canons de beauté : la beauté n’est pas un physique, mais des physiques. Pour moi c’est avant tout quelque chose d’intérieur qui se voit dans les traits d’une personne… ce que l’on appelle le charme.

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  4. Ca alors! Je ne connaissais pas du tout! Je ne vais pas tarder a le tester par moi-meme, cela dit, avec notre petit troisieme qui grandit et que tout le monde cherche a affubler d’accessoires « fifille ». Pour l’instant je resiste, mais bien evidemment, la pression sociale aura un jour raison de moi 😦 …
    Cela dit, si notre fifille veut faire la fifille, va falloir qu’elle se trouve des compagnes fifilles, parce que moi je risque de ne pas l’aider beaucoup 😉

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    1. L’école… l’ECOLE …
      Je peux te promettre que cela joue car je ne suis absolument pas fifille… J’ai grandit avec des garçons et n’ai découvert que très tard les artifices…
      Je serais curieuse de savoir si c’est pareil en asie… car la société est vraiment différente alors ….

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      1. L’acces a la societe de (sur)consommation est tout recent si bien que beaucoup de parents depensent enormement pour leurs enfants, et sans aucun recul.
        A l’ecole c’est l’uniforme (ouf), mais les « playdates » sont toutes de roses et de paillettes 😉

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