Les jolies choses

La leçon de poésie #10dumois

Aujourd’hui nous sommes le #10dumois (les explications du concept sont ).

Nous sommes en Août. Il fait mauvais. L’humeur est maussade. En vacances quelque part sur les bords de Seine, nous profitons d’une éclaircie pour sortir les fauves les enfants qui ont grand besoin de se dépenser.

Le quai est piétonnier, en temps normal le weekend il est envahi par les piétons, les poussettes, vélos, trottinettes et autres patins à roulettes. Mais pas ce jour-là. Ce jour-là nous sommes quasiment seuls. Alors les enfants vagabondent sur la route, le petit courant après les deux grands.

Sur notre parcours habituel, des agrès. En théorie ils sont là pour permettre aux sportifs de faire de la musculation. En pratique ma fille escalade les barres parallèles pour faire le cochon pendu, mon second grimpe sur le body ski de fond et le petit s’attaque au stepper avec son père. Je m’assoie sur le monticule face à ma nichée.

Je suis fatiguée.
J’ai mal au dos.
J’en ai ras le bol de ce temps, des insomnies des bobos, des cris, des énervements.
Je voudrais partir quelque part où il fait beau et chaud, ou les enfants sont sages et calmes, les nuits complètes et sans interruption pour cause de cauchemar.

Mais je suis une maman.

C’est un choix. Mon homme et moi construisons notre famille ensemble. C’est à la fois la plus banale et la plus fantastique des aventures.

L’histoire d’une vie… de cinq vies.

Ne vous méprenez pas : j’aime ma vie, mon mari, mes enfants. Rien n’est parfait, mais soyons objectif : la perfection c’est emmerdant !

Alors, la plupart du temps tout va bien, je souris et on avance.
Mais aujourd’hui, comme souvent, j’ai mal au dos et je suis fatiguée.
Tout parait noir quand on est fatigué.
Je suis lasse, assise là en tailleur sur l’herbe rase et je regarde mes amours. Les enfants vont et viennent d’un agrès à l’autre. Ils sautent, s’interpellent, bougent. Après une bonne partie de la journée enfermés, ils apprécient de se retrouver en extérieur.

Maintenant le petit est sur les genoux de son père qui lui explique comment fonctionne un ban de musculation. La démonstration tourne court quand mon mari réalise que c’est leurs deux poids qu’il doit soulever à bout de bras. Les deux aînés sont maintenant sur un appareil muni d’une sorte de disque mobile… l’un se tient, l’autre le fait tourner.
Ils rient. Ces rires d’enfants nourrissent mon cœur.

La lumière change petit à petit. Le soleil disparaît. La fin de l’éclaircie ?
Je suis sur le point de battre le rappel pour que nous prenions le chemin du retour quand j’entends les premières notes.
Tout de suite, je l’identifie.

Il est là.

Mes enfants s’immobilisent brutalement, sidérés : « Maman ! », crient-ils, « il est là. Le trompettiste est là ! »

Inconsciemment, nous l’attendions depuis le début des vacances. Cet hiver, au même endroit, les mêmes notes nous avaient émerveillés. Sur ce quai de Seine, loin des habitations, un homme venait répéter. Face au fleuve, il jouait. Seul devant les canards, les poules d’eau et les cygnes il répétait des airs de jazz.

Souvent c’était à l’heure de midi qu’il apparaissait. Nous étions alors en fin de promenade. Nous nous posions toujours un instant pour l’écouter jouer avant d’aller déjeuner. Son instrument de cuivre brillait, éclats de lumière doré dans le froid de la fin d’année.

Nous sommes arrivés hier en fin de journée. Nous nous sommes promenés à la recherche de… Nous ne savions pas trop quoi. Ce midi il pleuvait alors nous ne sommes pas venus et lui non plus. Comme nous il a attendu une éclaircie. Comme nous il a voulu prendre l’air entre deux averses.

Alors il est là en même temps que nous sous cette lumière incertaine… Et sa musique nous attire à lui.
La nichée rassemblée, nous suivons le son de la trompette pour le retrouver plus loin, au plus près de l’eau. Mes fougueux petits sont comme hypnotisés. Ils s’assoient sur un muret pour mieux profiter de la musique.

Claires, fortes, rythmés, les notes sortent de l’instrument. Les doigts du musicien bougent rapidement sur les trois pistons.
A mon tour je me pose sur le muret, entre mes enfants.
Il n’y a plus de fatigue. Il n’y a plus d’insomnies. Il n’y a plus d’envie de vacances sous les tropiques avec des enfants sages.
Il ne reste que la musique.
Une musique et un trompettiste qui improvise, magicien sonore dans un cadre exceptionnel.
Une musique qui porte et entraîne, une musique qui nous sort du temps et de nous-même.

Un instant de poésie.
Une leçon de vie.

21 commentaires sur “La leçon de poésie #10dumois

    1. Rohh merci 🙂
      Le trompettiste, le fait qu’on l’écoute à chaque fois et que cela nous transporte tout les 5, c’est réel et magique. On a été très contents de l’entendre quand on était chez nos parents. Malheureusement, nous ne l’avons entendu/vu qu’une fois sur ces vacances

      J'aime

  1. Oh le principe est sympa, le texte magnifique et cet instant hors du temps complètement poétique et reposant 🙂
    Heureusement que la vie est faite de tous petits riens qui savent nous rebooster et nous rendre le sourire!

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime beaucoup ce texte… on a l’impression de partager un moment avec vous cinq, et la joie d’entendre de nouveau ce trompettiste.
    J’ai beaucoup aimé aussi ces phrases  » Mon homme et moi construisons notre famille ensemble. La plus banale et la plus fantastique des aventures. »
    Tellement vrai… 😉

    Aimé par 1 personne

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