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[Interview] Mauve, le court métrage

3 enfants en 3 ans - Mauve.jpg

Voici un documentaire qui pose des questions intéressantes sur la théorie des genres et le formatage des enfants vers le rose ou le bleu.

Le sujet est vaste, il m’interpelle depuis longtemps. Lorsque je suis tombé sur cette vidéo, j’ai d’abord songé à simplement le relayer sur le Facebook de mon blog. Puis j’ai vu l’âge de l’auteur. Alors j’ai voulu en savoir plus et je l’ai contacté.

Marion Thollot est une toute jeune fille de 18 ans. Dans le cadre de son bac, elle a réalisé différentes vidéos dont un court métrage et un documentaire intitulé « Mauve » qui traite d’un sujet important à mes yeux : la question du genre. Cette jeune fille a interviewé des personnes de trois âges différents, les faisant réagir sur leur perception des clichés de genre.

3 enfants en 3 ans : Pourquoi/Dans quel cadre as-tu réalisé Mauve ?

Marion Thollot.jpgMarion Thollot : J’ai réalisé Mauve dans le cadre du Baccalauréat. J’ai fait (et eu) un bac Littéraire spécialité cinéma. J’ai donc réalisé deux courts-métrages, dont Mauve que j’ai présenté au bac lors d’un oral devant un jury. Comme je suis réalisatrice je devais défendre l’intention du film et avoir un regard critique sur mon travail. Le titre Mauve est une référence au mélange de couleur rose et bleu, c’est à dire au mélange des genres, à la liberté d’être soi, etc…

Comment t’es venu l’idée du l’idée du sujet ?

MT : J’ai cette idée depuis toujours. Ce sont mes convictions féministes mais aussi mon amour et ma passion que j’éprouve pour le cinéma qui m’ont poussé à faire ce documentaire. Je voulais m’exprimer, laisser les autre s’exprimer, filmer les gens, leurs idées. Je voulais faire un documentaire sur la question du genre qui percute les gens, que cela éveille des consciences, je voulais apporter ma petite touche.

Peux-tu me raconter un peu comment tu as réalisé ton documentaire ? Qui sont les personnes qui témoignent ?

Shannon (Cadreuse), Marion (Réalisatrice) et Axel (Prenneur de son)

MT : Pour la réalisation, je voulais que tout soit naturel, pour réussir à filmer une vérité, une authenticité, je déteste le cinéma qui conditionne. Je voulais parler avec des personnes, dans une grande sincérité. Pour que le doc touche plus de personnes et soit plus intéressant je me suis dit que traiter cette question avec trois générations différentes pourrait sans doute, avoir une plus grande influence. J’ai donc pris contact avec d’abord des écoles. J’ai été confronté à de nombreuses réponses négatives et beaucoup de : « non mais mademoiselle, vous comprenez, cette thématique-là, c’est toujours un peu compliqué ». J’ai donc pris conscience que mon projet allait surement déranger, interroger. Grace à une amie, j’ai pris contact avec un centre aéré qui a accueilli l’équipe à bras ouverts. Le tournage avec les enfants a été particulièrement intéressant. Je voulais évoquer cette idée avec eux comme une sorte de jeu, j’ai donc mis en place une activité de « lettre au Père Noel ». Puis, une discussion sur la liste qu’ils ont créée. Très vite, un conditionnement est apparu chez certains enfants, etc.

3enfantsen3ans Mauve_Morgane.jpgPour les interviews des jeunes, j’ai interviewé des lycéens et lycéennes du lycée dans lequel j’étais. On avait préparé des questions et le tournage avec eux c’est très bien passé, cela fut très enrichissant.

Pour les interviews des adultes, j’ai choisis d’interviewer certains professeurs, assez différents les uns des autres afin d’essayer de représenter un peu toute la société.

Avec du recul, je me demande si vraiment, Mauve est représentatif d’une opinion générale ou alors régionale vu que j’ai interviewé des personnes à proximité du lycée.

Durant les périodes de tournage, même si je suis quelqu’un de déterminée, j’ai beaucoup douté. Je me suis longuement demandé si notre projet allait « tenir la route » comme on dit, je me suis posé beaucoup de questions : « est-ce que l’on va arriver à un message final? » « Est-ce que les gens ne vont pas s’ennuyer devant? » « est-ce qu’il ne faut pas mêler des plans vraiment mis en scène dans le doc? »

C’est au montage que tout s’est révélé. Mon équipe et moi, nous nous sommes retrouvés avec plus de 25 heures de film, nous avons mis plus de deux semaines avant de monter un premier rush. Puis, après nous étions lancés et tellement heureux de constater, petite à petit, le forme que prenait ce documentaire

Est-ce que tu as appris des choses sur le sujet du marketing de genre, et qu’est ce qui t’a le plus marqué ?

MT : Par rapport au marketing de genre, je n’ai pas forcément appris des choses car il n’y a pas de point de vue scientifique ou sociologique dans notre documentaire. Je trouve que c’est peut-être quelque chose que l’on aurait pu mettre en place. J’ai essayé de contacter des sociologues mais en vain. Et puis, il s’agit de mon premier film, je ne possède pas toutes les techniques aussi.

Je me souviendrais longtemps du jour où je suis allée tourner les plans inserts dans un magasin de jouets. Je voulais absolument faire ressortir cette idée de « sexualisation des jeux », de « stéréotypes », de « conditionnement ». Je suis donc allée filmer les rayons de King Jouet. Je m’étais préparé à ce que j’allais constater mais cela m’a quand même frappé. Pendant ce matin de tournage j’étais partagée entre excitation et aberration: j’arrivais à tourner les plans que je souhaitais, le message était parfaitement explicite mais c’était aussi extrêmement triste de voir vraiment, la réalité de ce que l’on propose aux enfants d’aujourd’hui.

J’aime beaucoup cette idée d’avoir fait témoigner des personnes de 3 âges différents. Les regards semblent très différents. A ton avis, quand commence le formatage, et à quel moment les personnes en sortent ?

MT : On remarque le conditionnement chez les enfants, la prise de conscience et une sorte de révolte ou d’indignation chez les lycéens tandis que l’avis des adultes est beaucoup plus réfléchi, mature.

Je pense que le formatage commence dès la naissance, il est appliqué par la famille avant l’école je pense. Les pyjamas roses ou bleus, les doudous, les jeux. Il faut que l’enfant rentre dans la case de son genre dès la naissance, pour qu’il soit sûr de son identité. Et attention, on charge bien sur la couleur et pleins d’autres choses pour être bien sûr que l’enfant ne soit pas dans le doute, un jour de son genre… je trouve ça horrible.

Dès qu’un enfant nait on va vouloir lui offrir quelque chose, dans certaines familles c’est comme une sorte de tradition. Puis après l’école influence énormément, la télévision est le graal de ce conditionnement. Il me parait difficile de dire à quel âge précis on sort de ce formatage. Pour ma part, je n’ai jamais vraiment été formaté. Je pense que c’est grâce à mon père qui parfois, avec mes sœurs, quand on était enfant nous habillait au rayon garçon. A certains Noël, nous avions eu des jeux en bois de construction, des poupées, des jeux de société, un circuit de voiture.

Mon vécu m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses qui ont abouti à un véritable combat que je mène aujourd’hui. Je pense que l’on sort de ce formatage quand on prend conscience que c’est en étant soi même que l’on réussit, dans pleins de domaines. Je pense que c’est quand une personne s’affirme qu’elle brise un peu ses chaînes imaginaires. Après, il y aura toujours des marques mais je pense que c’est le début, cela dépend de la maturité et de la vitesse à laquelle chacun et chacune évolue.3 enfants en 3 ans - Mauve2.jpg

A ton avis, quelles sont les raisons de ce formatage que tu pointes du doigt ?

MT : Je pense que s’il y a un formatage c’est peut-être pour faire rentrer la population dans des cases : fille/garçon. Cela amène les gens à être obligé de se sentir homme ou femme. C’est pour cela que certains ou certaines se sentent mal dans leur peau, ont énormément de mal à s’accepter tel qu’ils ou elles sont.

La société de consommation a pour moi, une part de responsabilité très importante dans ce formatage autour du genre. Le fait d’inculquer des rôles à certaines personnes maintient un certain ordre, un certain modèle auquel il faut correspondre. C’est à ça que je m’oppose. Libre à chacune et chacun d’être ce qu’il ou elle souhaite.

Marion a eu son Baccalauréat… Mais pas été admise pour un BTS audiovisuel cinéma. Elle fait donc partie des « déçus de APB » qui attendent un miracle afin de poursuivre leurs études dans leur domaine de prédilection. Par sécurité, elle s’est inscrite à la Fac en licence Art du Spectacle. En attendant de réaliser de nouveaux projets, elle tiendra cette année une chronique dans « Et si on parlait Cinéma » sur Radio Cactus chaque samedi matin.

 

14 commentaires sur “[Interview] Mauve, le court métrage

  1. Difficile de lutter contre le marketing des genres… il y a peu de choix dans les commerces que ce soit pour les vêtements bleus/roses ou pour les jouets…
    Ici Nous avons essayé, c’était notre souhait. Mais passé les 6 mois de bébé tout devient très compliqué ou plutôt trop simple 😉 T’es une fille ou un garçon et puis c’est tout 😦

    Aimé par 1 personne

  2. Super ce court metrage! Merci pour la decouverte et pour l’interview de Marion, qui complete le sujet de facon tres interessante. J’ai beaucoup aime le parti pris d’interroger trois generations successives. Les propos sont complementaires, a des etapes de vie differentes. C’est chouette. Le choix de n’interroger que des « pro » theorie des genres me semble un peu trop partial, et retire un peu de force au discours, je trouve… Mais vraiment, ca se regarde avec grand plaisir et interet! C’est super chouette! Je souhaite une belle carriere a Marion 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai pas trouvé qu’elle n’intérrogeait que des pros. J’aime particulièrement le cheminement de l’intervenante qui parle de ses filles… on sent qu’elle prend conscience qu’elle a une part dans la façon dont elles sont adepte de la féminité dans tout ce qu’elle a de merchantile

      J'aime

  3. Argh… le marketing pour les enfants est tellement agressif…. 😦
    (Et ça continue plus tard avec les produits féminins plus chers que les produits masculins sous prétexte qu’un rasoir rose ou un déodorant de femme justifie un éccart de plusieurs centimes, voir plusieurs euros…..)

    Aimé par 1 personne

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