Le quotidien

Messes basses en public

Cet été un méchant gravillon a agressé le parebrise du Tank. S’en est suivi, il y a peu, une magnifique fissure zébrant la glace avant sur sa partie basse…
Pour tester la solidité du parebrise, en rentrant de vacances j’ai été à la station de lavage pour passer la voiture sous les rouleaux (Joueuse, moi ?) : pas de conséquence particulière. J’étais donc plutôt partie pour traiter cette fissure de vitre par le mépris. Messe basse tank vitre.jpgMalheureusement, Monsieur-Mon-Mari était persuadé que le parebrise pouvait exploser à tout moment (tic tac, tic tac), envoyant des éclats de verre dans toutes les directions comme on le voit si bien dans les films policiers. Il a donc mit la pression pour changer la vitre, se décidant à appeler notre assurance à trois jours d’un voyage vers pour l’Ile de France (programmé depuis plus de trois mois). Son travail accomplit, il m’a demandé d’appeler Citroën pour faire le changement de parebrise. Vu qu’il restait 72h pour notre départ, j’ai préféré assurer en appelant une entreprise spécialisée proposant des rendez-vous sous 24h (bizarrement -ou pas-, une pièce marque PSA met toujours plus de temps à venir jusqu’à ma voiture quand il s’agit de passer par le concessionnaire plutôt que par un garagiste indépendant).

Mardi matin.

olicarglass_400x400.pngJe téléphone à ‘Olivier‘. Mon interlocuteur me propose un rendez-vous mercredi dans ‘son atelier local’, ou jeudi devant chez moi.
– « Et s’il pleut ? Pouvez-vous quand même changer le parebrise devant ma maison ?
– Bien non madame : il nous faut un endroit sec. »

Je vis en Bretagne : j’ai prit rendez vous avec ‘Olivier’ le lendemain matin.

Mercredi matin

Les histoires du Tank se suivent et se ressemblent : lorsque je suis arrivée aux aurores (après avoir couru pour déposer le petit chez son assistante maternelle) le ‘Olivier’ local s’est confondu en excuses. Le pare brise livré une heure plus tôt, tout juste déballé, était déjà rayé. Le rendez-vous fut reporté au lendemain fin de matinée.

Jeudi matin.

Sous la pluie (CQFD), je dépose ma voiture à l’atelier. Trois heures de réparations : sur les conseils des collègues de ‘Olivier’, je vais à pied au centre commercial le plus proche, m’installe à une table dans une sandwicherie/cafeteria. Il est 11h45, j’ai l’ordinateur portable, une connexion Internet et un max de travail. Je me plonge dans mes calculs géométriques assistés par informatique (vis ma vie de créatif).
Petit à petit la cafeteria se remplit. Les tables autour de moi se garnissent de personnes venues déjeuner.

heleneJe ne garde aucun souvenir de mes premiers voisins. Je crois qu’il y a eu un homme seul d’abord, puis deux artisans. Ensuite je me souviens d’un couple d’ado : le garçon a sorti son téléphone et dit à son amie qu’il répondait à un message pour dire qu’il était devant le lycée (le centre commercial est à 300m du lycée le plus proche). Pendant tout ce temps, concentrée mon travail ‘qui paye’ je traçais des courbes, notais sur une feuille volante les questions pour mon client, remettait à l’échelle différents schémas.

Un regard sur moi.

Je n’ai jamais trop comprit ce phénomène : concentré sur quelque chose, on se sent tout à coup épié et instantanément distrait de sa tâche. Immanquablement, quand on lève les yeux, on croise un regard qui se détourne.

Elles étaient deux.

Je ne les connaissais pas (suis pas physionomiste, mais leurs têtes ne me disaient rien). La cafeteria était quasiment vide : pas d’autre client en vue. L’une des deux a ramené la tête ‘discrètement’ vers l’autre quand j’ai regardé dans sa direction. Elle s’est penchée en avant, les mains en entonnoir devant la bouche comme font les enfants pour raconter un secret à votre oreille.
C’était une adulte : elle chuchotait.

Secret.jpgMon regard est retourné vers mon écran d’ordinateur, mais j’ai l’oreille fine (ce qui n’est pas qu’un avantage lorsque l’on vit avec 3 enfants en bas âge). La jeune femme, appelons là Arielle*, racontait qu’elle avait fait un test et était peut être enceinte « même si c’est trop tôt pour le savoir ». Comme je n’écoutais pas vraiment, je ne suis pas capable de vous dire de quel test il s’agissait (Pipi dans le verre, test de l’aiguille, du gros sel**). Le mot « Gynéco » est revenu plusieurs fois d’un ton solennel dans la minute qui a suivi, prononcé de plus en plus fort.
En face d’elle, Elsa* répondait par des « Oh » et des « Ah ».
Arielle continuait sa tirade, parlant désormais d’une voix normale. L’esprit à plus de 50% sur mon travail graphique, je leur prêtais une oreille distraite tout en calculant des rayons et des longueurs de cordes sur des cloisons courbes (Pourquoi les centres des différents cercles ne correspondent pas ?). Arielle était inquiète, alors elle ne parlait à personne de sa suspicion de grossesse « mais à toi je peux le dire » conclu-t-elle à l’adresse d’Elsa avant de lui demander des nouvelles de son couple.

Elsa était heureuse. Avec son nouvel amoureux ils avançaient à grands pas. La preuve ? Elle l’avait accompagné à une fête de famille récemment. Cela s’était très bien passé, elle n’avait pas vu Anna* (mais qui est Anna ?) de la journée.

Arielle a repris la parole : elle avait prévu une journée entre collègues le week-end suivant. « Bon, je ne suis pas plus inquiète que cela : il y aura une infirmière et une médecin du coup dans le groupe ». Mais comme c’est la fête et qu’elle ne pourra pas boire elle a « été obligée de leur dire ». Mais ils ont bien compris que c’était un secret.

Elsa va bientôt devoir organiser l’anniversaire d’Anna (donc Anna est une enfant). Elle va le faire au parc de jeu ‘indoor’. Ce n’est pas donné (11,50€ par enfant : pour ma part je pense que je ne suis pas prête d’offrir cela à mes 3 enfants et leurs copains). Cependant ils ont accès à tout et le parc s’occupe même du gâteau. En louant le matin, on a une chance que ce soit plus calme (le parc est réputé pour être très sonore). Il y a jusqu’à 5 anniversaires le même jour, alors Elsa n’a pas hésité à mettre une option sur la « salle VIP »
(avec supplément) pour qu’ils ne soient pas mélangés aux autres fêtes.

11.DECOUVRIR-La_fete_de_la_citrouille-Faut_pas_avoir_les_yeux_plus_gros_que_le_ventre-10.05-_St_Laurent« Comment faisais tu pour ne pas boire d’alcool quand c’était trop tôt pour dire que tu es enceinte ?» demanda Arielle de but en blanc (OK : Anna est probablement bien la fille de Elsa**). Quelques minutes plus tard, Arielle expliquait toute la pression qu’elle se mettait ressentait pour ne pas montrer qu’elle est enceinte : elle avait failli se faire surprendre par son beau-père parce qu’elle avait refusé un café !!!

Lorsqu’elles sont enfin parties, Elsa comparait les avantages et inconvénients d’une fête d’anniversaire à ‘indoor’ versus chez le suédois (ils font des anniversaires ? je l’ignorais ! Oh… je sens que je vais demander à mon mari de m’organiser le mien là-bas).

Jeudi 14h30

Plus encore qu’ennuyée d’être poursuivie par des histoires de maternité jusque dans les cafeterias, j’étais un peu étonnée d’avoir entendu toute une conversation plutôt personnelle sans l’avoir vraiment voulu. Une partie de moi pense que je n’aurais pas dû écouter. Mais sincèrement, je ne cherchais pas à entendre. Alors mon esprit s’est mis à vagabonder vers mon passé d’avant ma vie de mère.

J’ai quelques souvenirs de mes propres conversations dans les restaurants parisiens.

Restaurant parisien, soir de semaine.

Je dîne avec un de mes grands Poteaux. Comme toujours avec mon ami, la conversation est à bâton rompu. Les mots chantent dans sa voix à l’accent du sud-ouest. Comme toujours, nous ne sommes probablement pas très… politiquement corrects dans nos propos qui nous font bien rire l’un comme l’autre. Trop occupés l’un par l’autre, nous n’avons prêté aucune attention particulière à nos voisines de restaurant. Mais nos antennes à tous les deux (nous en avons discutés après) ont pourtant senti que leur conversation ralentissait puis s’était arrêtée.
Notre regard fut attiré par un mouvement de la plus âgée des deux femmes qui tendait un billet au serveur. Elles se sont levées, l’ont suivi vers une autre table à l’autre bout de la salle.
caledosphere-gouvernement-harold-martin-nouvelle-caledonieEn entrée, nous avons tous deux opté pour des os à moelle (avec du gros sel et du pain grillé). Nous avons soupçonnée des végans en goguette dans un restaurant à viande… Mais le contenu de leurs assiettes récupérées par deux serveurs, bœuf mode ou pot au feu, invalidait cette hypothèse.
Mon ami et moi nous sommes regardés, mi rieur, mi surpris. Sans nous concerter, chacun de nous s’est reniflé sous les bras. Haussement de sourcil de l’un vers l’autre : RAS. Pour être certain que nous ne loupions rien de dramatique, nous nous sommes penchés tous deux sur la table, nous reniflant mutuellement, faisant éclater de rire le serveur qui passait par là.
A priori les deux dames n’avaient juste pas apprécié nos propos décousu sur les soucis d’addiction et les meilleurs moyens de se mettre minables quand on est jeune et stupide.

Brasserie à la mode, samedi midi

Attablées devant une magnifique choucroute, spécialité de ce restaurant du quartier latin, ma tante et moi avons eu l’honneur d’entendre notre voisin de salle citer à son compagnon de table une bonne trentaine de personnalités qu’il aurait rencontré dans les semaines précédentes. Il parlait tellement fort que nous avions dû cesser toute conversation. Mais soyons fières : si cela se trouve nous avons déjeuné à côté de Luc Besson sans le savoir (je ne suis pas physionomiste, mais je crois tout de même que ma Tatie N. l’aurait reconnu).

Pizzeria de banlieue, soir de week-end post journée de garde.

mannequin

Nos conversations de secouristes en civil ont dû distraire plus d’un couple dans notre restaurant favori… Avec quelques années de recul, je vous fais toutes mes/nos excuses pour avoir parlé de morceaux manquants, jambes pliés dans des angle improbables et autres saignements abondant pendant que vous remuiez la sauce tomate de vos pâtes.

Jeudi 14h45

Le délai qui m’a été donné pour la réparation du pare-brise du tank est expiré. Mes courbes ont enfin des points de centres convergents, j’éteins l’ordinateur et le range. Je réponds aux sms de ma collègue, fini mon café, vais jeter le contenu de mon plateau. En franchissant la porte de la cafeteria, je réalise brutalement :

Quand on veut avoir une conversation confidentielle, on ne fait pas des messes basses en public

 

* Les prénoms ne sont probablement pas les originaux (Oui, j’ai prit les prénoms des poupées de ma fille… So what ?)
** Oui, cela n’est pas conforme au scénario de la Reine des Neiges

14 commentaires sur “Messes basses en public

  1. J’aime beaucoup ton billet… Aussi décousu soit-il, tu m’as embarquée avec toi… Et tu as raison, dans les transports et dans les restaurants, je me surprends souvent à accrocher des conversations alentours… La curiosité est un vilain défaut !

    Virginie

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire qui e rassure un peu.
      En effet, ce sont 2 histoires emmêlées qui font un rendu pas super cohérent… j’ai hésité, mais je ne voyais pas comment tourner autrement… du coup j’ai laissé tel que car c’est ainsi que je l’ai vécu. j’espère que l’on comprend quand même à l’arrivée

      Aimé par 1 personne

  2. J’adore ton tank! Il te fait toujours vivre des aventures aussi croquignolettes qu’inattendues! Du coup, a chaque fois que j’enfourche le mien (de tank), j’ai toujours une petite pensee pour toi! Longue vie a lui! (Je suis sure que tu ne diras pas le contraire 😉 )

    Aimé par 1 personne

  3. Satisfaite du nouveau pare-brise ? 😉
    Je dirais que pour ne pas que ça se sache il faut le dire à personne 😀 à partir du moment où On le dit la seule chose qui va varier c’est la vitesse de diffusion suivant la personne choisie…
    Révision faite la semaine dernière… Mon banquier m’a quitté 😉

    Aimé par 1 personne

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