Le quotidien·Les jolies choses

#10 du mois : Vive le vent

090917_1755_Laleondepo1.jpgAujourd’hui nous sommes le #10dumois. Le #10 du mois est un défi entre bloggeuses qui doivent toutes, à date fixe, publier un article sur un thème donné (les explications du concept sont ). Le #10dumois, est pour moi l’occasion de faire un article d’un genre différent, puis d’aller découvrir ce que les collègues, avec leurs blogs très variés, ont produit (certains sont très poétiques, la plupart sont bien plus littéraires que 3 enfants en 3 ans).

Ce mois-ci, le thème est « Vive le vent »

Difficile pour moi d’aborder cette question sans penser directement à Noël… ou au Doudou Renne de mon Fifi qui réclame souvent « Vive le vent » au moment de choisir les chansons du soir. Du coup je séchais pour vous écrire un article original sur ce thème imposé. J’étais sur le point de renoncer quand, ce matin, le vent m’a insufflé l’inspiration en regardant deux petites filles dans la cour de l’école maternelle.

Vent d’Ouest

Aujourd’hui, comme tous les matins d’école, nous étions pressés.
Aujourd’hui, j’ai trouvé une place pour garer le tank à quelques mètres de l’entrée.
Aujourd’hui, contrairement à souvent, la cloche n’avait pas encore sonnée lorsque nous sommes entrés dans l’enceinte de l’école.

Aujourd’hui, nous avons croisé la charmante Swatch toute pimpante de bon matin (cela fait du bien des personnes comme celle-ci). Ririe lui a fait un bisou. Fifi lui a dit bonjour, se détournant avec un sourire coquin pour ne pas lui faire la bise. Traversant le parking des professeurs, nous avons passé le second portail, saluant la maîtresse des CE2. Arrivée avec la nouvelle année scolaire, cette professeure des écoles au look à l’ancienne a un doux sourire derrière sa tenue stricte et ses véritables lunettes d’institutrice. Traversée du préau, un troisième portail de franchit, nous voilà dans la cour des maternelles.

Face à nous Couette-Couette* et son père, un grand gars timide. Couette-Couette fait un signe à son Papa qui lui passe une enveloppe. Puis, elle court vers Ririe et, dans un grand sourire de puce excitée lui dit : « tiens Ririe, c’est pour toi pour ma fête d’anniversaire ! »

Ma fille se statufie.

Un souffle passe entre nous tous… Il tourbillonne, suspendant le temps, comme dans un western. En un instant, ce vent nous porte deux ans plus tôt.

Vent du Nord

Les deux fillettes sont dans la même classe de petite section. Ririe ne me parle pas de Couette-Couette. Avec son regard curieux, ses cheveux bruns coupés au carré et son éternelle barrette à nœud sur le côté, je trouve intéressante cette petite fille. Couette-Couette est gourmande, toujours volontaire pour me taxer des biscuits pendant que je papote avec sa maman et quelques autres à la sortie de l’école.

La maman de Couette-Couette est une femme charmante, volontaire, toujours de bonne humeur malgré une situation professionnelle qu’elle juge frustrante. Elle a trois enfants, deux garçons qui ont deux ans d’écart puis Couette-Couette qui a 4 et 6 ans de moins que ses frères. Les deux grands sont parfois un peu durs avec leur petite sœur mais elle veille au grain, avec bienveillance et attention comme toute maman aimante.

Vent d’Est

En moyenne section, la brise a tourné entre les deux filles. Elle s’est transformée en une fraiche bise piquante.

Couette-Couette, petite fille très vive et sûre d’elle a rendu (probablement sans en avoir réellement conscience) la vie scolaire de Ririe compliquée. J’avais indirectement évoqué le sujet en mai dernier. Petite dernière, née fille après deux garçons, Couette-Couette a une maman qui se fait plaisir en l’habillant « fifille ». Dans la cour de l’école, loin des oreilles des adultes, l’enfant ne se privait pas de commenter les tenues de ses camarades, avec des jugements nuancés : « y’a pas de rose, y’a pas de fleur : ce n’est pas une tenue de fille ». Mon enfant, jusqu’alors peu regardante sur le style de ses tenues, a pris ces remarques pour des attaques. Elle vivait mal les commentaires de Couette-Couette, en pleurait parfois le soir.

Malgré nos propos pour la rassurer et l’aider à relativiser, Ririe s’est souvent montrée anxieuse de sa tenue le matin. Elle refusait régulièrement de porter un vêtement par peur des réflexions de Couette-Couette. Le sujet est d’autant plus complexe pour elle du fait qu’elle ne porte pas de vêtements avec boutons. Bien que cela soit un ‘non-sujet’ pour nous, Ririe se rend parfaitement compte que sa phobie n’est pas ‘normale’, surtout quand elle voit quotidiennement tout son entourage toucher l’objet de son dégout sans réaction particulière.

Pendant les vacances d’été, Ririe ne m’a plus parlé de Couette-Couette. Les derniers jours d’Août, ma fille m’a confié s’inquiéter pour la reprise de l’école. Elle se demandait si Couette-Couette allait critiquer ses « jolis vêtements tout neufs » (achetés d’occasion) pour la rentrée.

Le vendredi précédent la rentrée scolaire, j’ai croisé la maman de Couette-Couette au supermarché. Il faisait beau, nous avions toutes deux un petit moment sans enfant, nous avons pris le temps de discuter toutes les deux. Le hasard nous a fait parler du comportement de nos filles à l’école, sujet que nous n’avions jamais abordé ensemble jusque-là (et oui). Presqu’involontairement, je lui ai parlé des mots de Couette-Couette que ma Ririe prenait mal. Ce n’était pas Couette-Couette qui était en cause mais Ririe, qui manquait d’assurance et interprétait certainement de simples remarques comme des critiques.

La maman était toute désolée. Elle m’a dit qu’elle trouvait que sa fille accordait trop d’importance aux apparences, aux princesses & Co, mais qu’elle n’avait pas réalisé que la petite jugeait les tenues des autres enfants. Elle m’a surtout confié que l’un de ses fils avait été harcelé à l’école et qu’elle en gardait un goût amer plusieurs années après. Plus positif, elle avait solutionné son problème professionnel et commençait un nouveau poste. Désormais nos papotages seraient rares à la sortie de l’école.

Le vent a repris son souffle, changeant une nouvelle fois de direction.

Vent du Sud

Ririe et Couette-Couette sont rentrées toutes deux en grande section.

Le troisième jour d’école, la maîtresse m’interpelle pour me dire qu’elle trouve que Ririe a énormément gagné en assurance, qu’elle lui semble nettement plus sereine. En effet, ma fille se canalise mieux que quelques mois plutôt. Le changement a été lent mais le résultat est désormais palpable.

Lors de la troisième semaine d’école, réunion de parents d’élèves. Assise à côté de la maman de Couette-Couette, ma camarade me glisse que, depuis la rentrée, sa fille parle avec des termes sympathique de Ririe. Quelques jours plus tard, à la sortie de l’école, je vois ma puce aller attraper Couette-Couette par la main pour faire la ronde dans la cour. Sur le chemin du retour, je demande à Ririe « Est ce que Couette-Couette est ton amie ? » « Un peu », m’a-t-elle répondu.

Depuis la rentrée, Ririe semble épanouie. Elle aime la grande section. Elle ne me parle pas beaucoup de ses camarades sinon pour me dire qu’elle s’est fachée avec sa meilleure amie parce qu’elle était trop fatiguée pour courir, ou que P. est de nouveau son amoureux même si il est allé voir F. toute la semaine dernière…

Pas un mot sur Couette-Couette.

En silence j’espérais que « pas de nouvelle, bonne nouvelle ». Pour ne pas être maladroite, je n’ai pas posé de question à ma fille. Sa progressive détente vestimentaire m’a semblé être un indicateur positif : les treggings en jean sont désormais de nouveau acceptés (tant que je masque bien les boutons de réglage afin que ma fille ne puisse pas les toucher par inadvertance en manipulant le pantalon). Les démonstrations de danse avec Flick* sont apparemment quotidienne dans la cour de l’école. La vie simple d’une petite fille classique.

Ce matin, les feuilles d’automne, emportées par le vent, dans l’air monotone, tombaient en tourbillonnant.

Elles atterrissaient sur le sol de la cour, non loin de deux petites filles. La brune venait de tendre une enveloppe à la blonde avec un joli sourire joyeux. Le temps, un instant suspendu, est reparti en avant.

Ririe a pris l’enveloppe. Elle était Rose.
Avec une carte dedans : une danseuse. Rose.

Sans un mot, Ririe m’a passé la lettre pour que je lui lise: « tu es invitée à mon anniversaire le 16 novembre à 14h30 » ai-je lu devant les deux petites filles. Ririe a fait un grand sourire, elle a ouvert en grand ses bras et les a enroulés autour de Couette-Couette en un gros câlin.

Un câlin tout rose, volute de brise marine.
Un câlin tout rose, comme les nœuds-nœuds sur les barrettes de Couette-Couette.

Vive le vent (qui tourne).

 

*Les prénoms ne sont pas les originaux

 

Nota : c’est la première que j’illustre un article en chanson. si cela vous a plu, si vous êtes curieux/se, je vous invite à découvrir cette chanson de Jean Luc Roudaut intitulée « Fils du vent ».

26 commentaires sur “#10 du mois : Vive le vent

    1. Je n’étais même pas au courant… pour le coup je ne suis pas loin du thème.
      C’est surtout l’instit qui a aidé les deux fillettes : elle a encouragé ma fille à s’affirmer tout en faisant s’adoucir l’autre enfant. Il se peut que la maman de Couette-Couette ait indirectement parlé à sa fille, mais elle m’a dit qu’elle avait préféré ne pas prendre cela de front. J’ai pas mal douillé enfant (en primaire et début de collège surtout), je suis très chatouilleuse sur le sujet pour tout te dire.
      Nous sommes ravis de cette école, les instits sont très attentifs au bien être des enfants.

      J'aime

  1. Le vent tournera encore et encore… ha ben Oui, ça s’appelle la vie 😉
    Très joli article ♡
    Ici je surveille de près Pilou2 car elle a extrêmement confiance en elle, certes pour de bonnes raisons, mais elle pique souvent les autres sur leurs faiblesses et j’aime pas ça du tout. Elle a besoin que je lui explique beaucoup de choses sur ses camarades pour adapter son discourt. Je veille je veille…

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense que la maman de Couette-Couette fait comme toi… Elle était vraiment embétée et s’est dit qu’elle en faisait probablement trop sur le coté « fille » de sa puce. Si elle est comme ma maman (j’ai moi aussi 2 grands frères), elle doit le faire pour que la petite se sente moins frustrée d’être la petite dernière. Pour ma part, cela ne changeait pas grand chose à ma frustration, je voulais etre un garçon 😉

      J'aime

  2. Tres bel article…. j’ai bien aimé les 4 vents….
    La maman de couette couette a plutôt bien réagi… combien de parents se seraient braqués à sa place !
    Pas évident de ne pas être populaire à l’école… j’ai connu ça, et c’est vrai que cela m’angoisse pour mes enfants aussi !

    Aimé par 1 personne

Un commentaire et ma journée s'éclaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s