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Maman depuis 7 ans et 100 jours

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 117h05. Je raccroche le téléphone. Ma cliente est satisfaite, mais cela va être chaud pour récupérer mes sous : la facture finale est le triple de ce qui était prévu initialement. Elle est pourtant bien servie ma cliente, vu que j’ai fait plus de 4 fois plus qu’initialement prévu.

Sur mes deux écrans s’affichent les plans du projet en cours. c’est un travail long, complexe. Il demande une attention totale car l’élément que je dessine va être fabriqué en série. C’est aussi gratifiant que flippant : pas le droit de se tromper.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 717h08. Là suis vraiment en retard. J’enfile une paire de basket -travailler chez moi en chaussette est ma marotte en ces jours chauds- et file de la maison. Le tank démarre au quart de tour, la radio allumée sur les grosses têtes.

17h11. En haut de ma rue je commence à m’habituer à faire le détour… Pas le choix, la rue principale est en travaux pour un an, ce ne sont que les premières semaines de déviation. Sur la rampe (très en pente), le tank louvoie entre les voitures stationnées et celles qui arrivent en face sur cette rue bien trop étroite pour le trafic de ces jours ci. Même les bus doivent passer… si je me retrouve face à l’un d’entre eux je serai bonne pour monter sur le trottoir (ou reculer sur toute la rampe, mais ceci ne m’est pas envisageable).

17h21. A 100m de l’entrée du parking je réalise que ma CNI est restée sur la table de la salle à manger… je tente quand même, fait un sourire au garde en montrant mon badge du centre aéré. Ouf, cela peut suffire vu qu’il connait la voiture et qu’on est mercredi fin d’après-midi !

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 3.jpg17h22. Colette* est en train de faire grimper son monde dans le kangoo bleu. Ma copine me fait un grand coucou, ses jumelles courant autour d’elle et de la voiture. J’ai un truc à lui dire alors j’ouvre ma fenêtre pour la saluer en m’arrêtant. J’ai a peine le temps de commencer ma phrase qu’une voiture déboite de derrière moi dans un grand coup de moteur, dépasse le tank pour aller se garer dans un grand bruit de frein en double file près de Colette, manquant de lui rouler sur les orteils. Un homme en sort, prend en courant la direction du centre aéré. « Je pense que j’ai dérangé quelqu’un » ai-je lancé à ma camarade maman avant de laisser tomber mon message (lui ferait un texto) et de chercher une place.

17h23. Pas de place pour le tank… je commence à m’enfiler au chausse pied (c’est pas simple avec un C8) dans une place pour twingo.

17h23 et 18 secondes. Soyons simple : je finis mon demi-tour et vais me garer à l’emplacement que Colette vient de libérer. Le monsieur qui m’a doublé avec tant de mauvaise humeur est déjà de retour à sa voiture, un air de père renfrogné sur le visage et un pull d’enfant à la main. J’accélère la manœuvre pour ne pas le déranger une seconde fois.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 5.jpg17h25. Comme toujours l’accueil du CVL est un joyeux bordel. Une maman tente de faire enfiler un gilet à un enfant qui gigote. Un papa est en pleine discussion avec l’animatrice des petits et les directrices sont sur le planning de la semaine prochaine tout en prenant l’inscription d’une nouvelle famille. Pas de Castor Junior à l’horizon.

Ah, si… Ririe porte Loulou en mode koala ! Ils traversent la salle en riant et j’ai le droit à un double câlin. Fifi est occupé mais fini par nous rejoindre. Il a perdu son manteau dans la journée… Grâce à mon amie Caroline, il en a un second que je préfère et qu’il va enfin porter en attendant qu’on retrouve l’autre.

17h43 (il y a régulièrement une faille temporelle quand je suis au centre aéré). « C’est moi qui ouvre le portail ! » lance Fifi courant devant nous pour s’exécuter. Mon fils de 6 ans a une passion pour les barrières. Il rêve que l’on déménage pour une maison avec un jardin entièrement clôturé, un portail et, rêve ultime, un portillon d’accès muni d’un visiophone.

En ce moment, lorsque l’on rentre de l’école à pieds, il teste chaque portillon pour vérifier s’il est fermé à clé. Cela ne fait pas loin d’un pas de porte sur deux entre l’école et la maison (en Bretagne beaucoup de jardins ne sont pas clos). Vous savez donc qui j’attends tout au long du chemin quand nous marchons.

17h44. Les 3 enfants nés en 3 ans marchent sur le muret qui longe la rampe handicapé. Paradoxalement, c’est le moyen le plus rapide pour les faire accéder à la voiture. J’ignore pourquoi, mais les faire monter et les attacher prends moins de deux minutes aujourd’hui.

17h46. Quittons le parking. C’est l’heure de pointe mais on s’en sort, cela roule.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 2.jpg17h52. Arrêt face à la boulangerie. La rue est très passante, j’ai un prétexte royal « c’est trop dangereux » pour y aller seule, boucler l’opération pain au plus vite. La vendeuse me reconnait, m’offre des quignons pour la nichée qu’elle devine être dans la voiture.

17h55. Nous sommes repartis, derniers 200m avant la maison. A l’arrière du tank les enfants se disputent à propos d’un secret traumatisant pour Loulou s’il l’entendait… Mais comme Loulou est entre Ririe et Fifi, il veut connaitre le secret : « les enfants, la seule façon de garder un secret, c’est de ne pas l’évoquer ! ».

Je prends la bifurcation vers le cimetière. Le tank roule joyeusement, il fait beau.

Mentalement, je prépare le timing du coup de feu du soir : jeux, douche/bain, préparer le dîner, etc. J’arrive au rondpoint.

Et je les vois.

Elles** ne sont pas loin de l’entrée principale du cimetière. La maman est assise sur un banc, offrant son visage au soleil. Elle a la main posée sur la hampe du landau dont elle a mis le frein. Le landau est constitué d’un cosy noir qui s’allonge fixé sur le châssis d’une poussette à trois roues . La capote est relevée, l’enfant est placé dos au soleil.

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Comme une projection 7 ans en arrière.

J’ai écrit « 7 ans », j’aurai tout aussi bien mettre « 100 ans ». En voyant cette femme sur son banc, j’ai eu l’impression de me voir 7 ans plus tôt, quand je promenais mon bébé tout neuf dans sa poussette toute neuve (constituée d’un cosy bleu Provence sur un châssis de poussette à trois roues) dans cette même rue le soir après l’avoir récupérée chez la nounou toute neuve qu’elle fréquentait depuis peu.

Il y a 7 ans, Ririe, mon premier enfant, avait 100 jours. Je le sais parce que j’avais fait un post à ce sujet sur les réseaux sociaux, accompagné d’une flopée de photos.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 8.jpgIl y a 7 ans, je me suis probablement assise sur ce banc, ayant bien pris soin de bloquer le frein de la poussette mais gardant par sécurité la main sur la hampe, même sur un terrain plat.

Il y a 7 ans, je me sentais dépassée par la situation. Je trouvais extrêmement difficile de gérer un bébé en bas âge. Je ne savais pas que mon enfant avait l’option tendance BABI, qu’il faisait un peu de RGO, qu’il était/serait insomniaque.

Il y a 7 ans, j’étais fatiguée par les premiers mois de mon enfant. Comme elle faisait déjà ces nuits, je pensais que cette fatigue partirait, que je pourrais retrouver une vie proche de celle d’avant avec des sorties, des cinémas, restaurants en tête à tête avec mon amoureux.

Il y a 7 ans, j’ignorais le tarif horaire d’un.e baby-sitter. Je n’avais pas la notion de la difficulté d’en trouver une les soirs de fin de semaine.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 11.jpgIl y a 7 ans, je me posais mille questions sur la maternité, l’éducation, la meilleure façon d’éveiller un enfant à la vie. Je portais une grande attention aux jolis vêtements que je faisais porter à mon bébé.

Il y a 7 ans, je pensais sincèrement qu’un jour je saurai comment m’y prendre avec mon enfant, qu’il existait une sorte de ‘mode d’emploi’ ou des procédures, des recettes miracles. J’étais persuadée que mon sentiment d’être dépassée était lié à mon inexpérience de maman.

Il y a 7 ans, quand je voyais passer une famille avec plusieurs enfants, j’avais souvent une impression d’harmonie. Les mères qui rentraient à pieds de l’école semblaient gérer parfaitement leurs nichées, houspillant l’enfant à la traîne, papotant avec le plus jeune qui donnait la main tout en portant le cartable de l’ainée déjà en primaire.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 0 haut

Il y a 7 ans, j’étais une maman toute neuve. Aujourd’hui, je vis une autre vérité.

Aujourd’hui je suis cette maman de plusieurs enfants que je regardais il y a 7 ans en enviant sa sérénité et sa manière de gérer facilement les situations.

Aujourd’hui je me suis habituée à l’idée de me sentir régulièrement dépassée par le manque de temps, les comportements de mes enfants, l’impossibilité de tout conjuguer au quotidien. Pour m’en sortir, je gère les choses l’une après l’autre en commençant par la plus pressée ou la plus proche.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 6.jpgAujourd’hui j’accepte l’idée qu’il n’est pas matériellement possible de tout faire alors je tranche : peu de ménage en semaine, le bain un jour sur deux, on range quand on peut/on a le courage/on reçoit du monde.

Aujourd’hui, l’important c’est que l’enfant dorme en pyjama, tant pis pour la tache de sauce tomate ou l’accord visuel entre le haut et le bas. Que le pyjama soit à la bonne taille est un plus non indispensable.

Aujourd’hui je travaille sur ma fatigue. Après une cure de magnésium (je recommande), je me surveille le soir, tâchant de couper les écrans à une heure décente, prenant le temps de lire avant d’aller au lit… même quelques minutes.

Aujourd’hui je lis de nouveau. Des romans, pleins de romans.

Aujourd’hui j’ai admis l’idée que mes kilos en trop resteront -sauf miracle : il n’est nécessaire d’entreprendre pour réussir***-.

Aujourd’hui, souvent épuisés les soirs de weekend, une soirée canapé en amoureux peut nous paraitre nettement plus attractive qu’une sortie. Monsieur-Mon-Mari (depuis 5 ans) et moi nous ménageons des moments de tête à tête à domicile, avec Mr Picard notre restaurateur. Les DVD sont devenus notre cinémathèque.

3 enfants en 3 ans maman 7 ans 12.jpgAujourd’hui je bous de mon manque d’organisation. Que mon homme ne soit pas prévoyant dans la gestion des planning était de notoriété publique avant même que nous emménagions ensemble… que je prévois notre présence à 5 à la prochaine fête de famille à peine un mois à l’avance alors que c’est à l’autre bout de la France (au moins c’est en France) ne me ressemble pas.

Aujourd’hui je réserve des nuitées pour un lieu où j’ai souvent séjourné durant mon enfance. Je me réjouis à l’avance de pouvoir faire découvrir cet endroit à mon mari et mes enfants. L’idée que mon père, dont c’est un des lieux préférés, sera probablement présent ajoute au plaisir anticipé.

Aujourd’hui, je connais la vérité des mamans d’enfants déjà scolarisé, le paradoxe permanent entre le plaisir de les voir grandir et le manque des câlins de la petite enfance.

Aujourd’hui, j’assume totalement d’être une maman approximative et le simple fait de le revendiquer est une délivrance.

La femme que je suis aujourd’hui est la même que celle qui était assise sur ce banc il y a 7 ans, la main sur la hampe d’un landau.

Elle a grandi en tant que maman. De ces sept années et cent jours de maternité, si elle devait retenir une seule chose, ce serait qu’elle a appris à vivre au quotidien, prenant le bon et composant le mauvais.

La femme que je suis aujourd’hui aime sa vie, dans toute son imperfection, parce qu’elle est remplie d’amour. Alors elle ne se pose pas vraiment de question en voyant passer une famille avec des ados de 11 à 14 ans.

 

Et vous, quel regard portez-vous sur la jeune maman que vous étiez ?

 

* Le prénom n’est pas l’original

** J’ai décidé arbitrairement pour cet article que le bébé est une fille

*** Oui c’est l’inverse : et alors ?

3 enfants en 3 ans annie

Crédit images : 3enfantsen3ans.com et Pixabay

 

12 commentaires sur “Maman depuis 7 ans et 100 jours

    1. C’est clair… j’étais tellement perdue les premières semaines !
      Et puis un jour j’ai eu le déclic : tous les parents du monde passe par là, on ne maitrise jamais totalement la situation… juste on peut s’habituer et évoluer, comme tu le dis si justement 🙂

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  1. Je retiens le « vivre au quotidien ». Attendant mon troisième pour septembre avec un tout petit peu plus de 3 ans entre n°1 et n°3, je suis toujours curieuse de lire comment tu vis ta maternité.

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    1. Est ce qu’on s’améliore ou est ce qu’on empire ?
      Hier soir j’ai osé finir de faire traverser mes enfants alors que le bonhomme était rouge (c’est un très long feu)… le premier de la ligne, un homme, a fait des bruits avec son moteur pour bien me faire comprendre que c’était pas bien
      – « Pourquoi le monsieur il fait cela maman ?
      – Pour me faire comprendre que je suis une mauvaise mère.
      – Mais t’es pas une mauvaise mère, t’es une gentille maman !
      – Oui mais ce que le monsieur a vu c’est que je vous ai fait traversé avec le bonhomme rouge
      – Ben c’est pas cela qui fait de toi une mauvaise mère
      – Il ne sait pas cela, ma chérie. tout ce qu’il sait de moi, c’est que je fait traverser mes enfants quand le bonhomme est rouge. »
      -> ou comment faire comprendre à ma puce toujours inquiète de son image la différence entre apparence et réalité.
      Et oui, au retour on a attendu que le bonhomme soit vert, ce qui a fait rire mes enfants

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  2. Coucou ! Après une faille temporelle, j’ai lu attentivement ton article qui m’a mis les larmes aux yeux… Mes derniers petits bouts sont nés, mes grands bébés vont passer le cap des deux ans et mes aînées ont 3 ans 1/2. Je suis en même temps cette maman qui découvre ses bébés en prenant le soleil et cette maman qui le faisait il y a déjà longtemps… Je n’ai pas l’impression d’avoir changée depuis le début de ma première grossesse. On a appris le lâcher prise plus tôt avec le papa, simplement avec une chienne et tous les commentaires des inconnus, désobligeants souvent, bienveillants de temps en temps (et heureusement). On a décidé de laisser faire et de s’écouter. On est déjà deux à se mettre d’accord, on devait concilier avec le caractère bien trempée de notre « première fille » ça a suffit pour qu’on dise aux gens de s’occuper de leurs vies. Avec des enfants, les commentaires sont pires, plus durs, souvent faits devant eux « maman j’ai pas compris ce qu’il a dit le monsieur » et il faut réagir ou laisser faire. Notre vision des choses, c’est que le temps passe, les enfants grandissent et on les accompagne du mieux qu’on peut. Profiter est à la priorité à mon goût, même si on profite de quelque chose de différent à chaque instant…
    Belle journée ☀️

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour,
      Je crois que je me souviens de vous, l’automne dernier n’est ce pas ? En attente d’une 3eme paire de jumeaux qui a du naitre au printemps ?
      Effectivement, pour gérer, vous devez être une championne du lâché prise !
      Est ce que vous arriver à souffler quelques minutes de temps en temps ?
      Merci pour votre commentaire 🙂
      Belle journée également

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      1. Bonjour,
        Non, c’était plus récemment, pour l’anniversaire de Fifi. J’ai été alitée pour la fin de ma troisième grossesse et je me suis plongée dans de nombreuses lectures pour m’occuper, dont votre blog jusqu’au tout premier article 😉 Nos petits derniers sont nés début juin. On a chacun (surtout les parents, mais on en propose aussi à chaque enfant individuellement ou par binôme) du temps seul pour souffler.
        Dernièrement, j’ai laissé les six enfants à mon chéri seul et je suis partie 14h juste avec la chienne… C’était vide. Il y a quatre ans, le premier de nous deux qui se réveillait le week-end la sortait une heure ou deux pour que l’autre profite de dormir. Les enfants sont arrivés, on a continué le même rituel accompagnés des premiers réveillés. Le faire à nouveau seule a été un carnage. Ce silence, personne à écouter, à surveiller quand on traverse, pas de poussette ni de bébé en écharpe, c’est devenu pesant mais on sait que c’est obligatoire pour respirer, prendre le temps et se recentrer.
        La vie n’est pas toujours rose mais au final, on trouve gentiment un rythme à 8 et on arrive chacun à gérer seul(e) tous les enfants pendant 24h… Je pense que ça n’ira qu’en s’améliorant 😃

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      2. Ah oui, ils sont tout petits… Les 3 premiers mois sont les plus durs je trouve. Après, la plupart du temps, on prend un peu le rythme progressivement (pas le choix)
        Pourquoi un carnage d’être seule ?

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  3. C’est ça. Je pense que c’était trop tôt après la naissance. Ça a été progressif, évidemment et on ne l’aurait pas fait si les bébés n’en étaient pas capables (allaitement exclusif ou autre). Sinon, ils sont habitués à être gardés et nous à les laisser donc je ne vois que ça. Ils nous manquent vite quand on est loin d’eux…

    Aimé par 1 personne

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